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Rayon Etonnement

Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 13:58

http://farm4.static.flickr.com/3657/3389329329_f4d9782c6e.jpgRapport d’étonnement cette semaine sur la montée en puissance d’une tendance sur le web en 2011 : les cérémonies, concours et autres grands prix avec jury.  Si les débats autour de Wikio, et récemment de Klout, ont animé le microcosme du web blogoprospécialistes il est intéressant de remarquer qu’aujourd’hui l’heure est au concours et à la reconnaissance par les pairs. Et d’en dégager quelques réflexions…


 

L’évaluation est enracinée dans le web : Klout, Wikio, Page Rank, volume de followers/fans/abonnés/lecteurs… La médiatisation de celle-ci ne fait par ailleurs que s’accroître au fil du temps pour, insidieusement ou très logiquement (au choix), devenir des modèles de référence de cette nouvelle industrie de la réputation numérique, où la citation et le relai deviennent matière à une économie numérique.


On peut d’ailleurs remarquer que Wikio, décrié quotidiennement pendant une (longue) période, est aujourd’hui entré dans le paysage web : soit on y est, soit on s’en fiche. Cependant, il n’en reste pas moins un outil devenu essentiel à la mise en place de stratégies web (comme Klout, à tort ou à raison d’ailleurs).

 

L’étonnement du jour ne se focalisera cependant pas sur les différentes formes d’évaluation par des algorithmes ou à partir de données quantitatives (toutes relatives elles aussi), mais sur le développement accrue des cérémonies visant à sacrer les « meilleurs » acteurs digitaux…


 

Les grands prix des awards de l’année : Geneviève de Fontenay sors de ce corps !


 

Ce qui a motivé ce petit billet est la concomitance de trois prix annoncés pour 2011 :


==> Les Golden Blogs Awards, qui existent déjà depuis un certain temps, et dont l’objectif est de soumettre des blogs par catégories, puis de laisser les internautes voter pour au final élire LE blog de l’année… Le tout pondéré par un jury afin de ne pas favoriser les blogs les plus médiatisés (enfin je pense, ou pour donner du crédit à l’élection ?). Avec, bien entendu, une cérémonie petitsfourschampagnes au final pour célébrer le vainqueur et rendre plus impactant le concours en lui-même.



==> Le Grand Prix de l’e-réputation. Objectif : élire la personnalité qui a la meilleure e-réputation. Autant choisir un blog permet à peu près de se baser sur des critères « objectifs », autant là… Quelle personnalité (enfin, pourquoi elle ?) ? Sur quels critères ? Qu’est-ce qu’une bonne e-réputation ? Si la méthodologie se porte actuellement sur les artistes, elle reste tout de même floue :

=> « 100 noms ont été choisis en fonction du classement international Artfacts.net » : faire un classement à partir d’un classement, une mise en abymes  qui ne peut qu’être rigoureuse

=> « L'outil de mesure Zen Réputation surveille toutes les informations » : Ah, voilà, on comprend mieux… En fait ce concours vise surtout à vendre l’outil d’un prestataire ?!...


Sans compter que, comme le souligne le concours, celui qui a la meilleure e-réputation est celui qui « détient le plus d'informations sur les sites Facebook, Twitter, YouTube et MySpace, sur la période prise en compte »… Bref, du Klout, mais avec une remise de prix qui permettra une forme de comm’ toujours bonne à prendre…


 

==> Le Community Manager de l’année : où celui qui a réalisé la meilleure campagne… Soit, celui qui à engrangé le plus de fans, soit ?... Des critères encore assez obscures :

 

=> « Originalité de la campagne » : comment comparer une marque de slips à une marque qui vend des clous dans le Poitou ?

=> « capacité à activer une communauté » : ce qui présuppose une étude fine de la population présente sur les réseaux et pouvant être touchée par la marque ou ses produits. Si je suis community manager pour Disneyland j’aurais plus de possibilités que pour Abena (marques de couches pour hommes)…


Encore une fois, un jury vient pondérer le vote des internautes, ce qui est ici paradoxale : les internautes n’ont-ils pas déjà voté en participant aux campagnes des community managers ? Et globalement, y a-t-il un intérêt de mettre en avant un homme (ou une femme) dont le métier est de valoriser un public plutôt que lui-elle-même ? L’intention louable dans cette action (de mon point de vue bien entendu) est de mettre en avant le métier de CM même si, soyons réalistes, ce genre de concours n’intéressera que les professionnels du métier.

 

 

En résumé, des concours se basant sur des critères variés (outil, jury, internautes) mais dont l’objectif est le suivant : mettre en valeur. Quoi ? Les organisateurs, les professionnels, les internautes… J’oserais dire : du personal branding en réunion !

Et surtout, légitimer par la mise en place de cérémonies où l’on en revient au bon vieux systèmes du jury et du vote direct…


 

Ce que la missfrancisation du web nous apporte… ou pas.

 

Au-delà du fait d’ironiser sur ces concours (haterz still hate), qui dans l’absolu ne font de mal à personne, cette tendance à élire les « meilleurs », les « plus forts » amène à quelques réflexions, dont je vous propose synthétiquement la substance :


==> La reconnaissance passe par celle de ses pairs… L’intérêt de ce type d’élections est de sortir des schémas algorithmiques imposés notamment par Google et son hégémonie de la visibilité. En se reposant sur le vote des internautes et/ou un jury on revient dans l’ancien modèle des gatekeepers, une minorité à qui revient de droit le choix de désigner à la majorité ce qui est bon ou mauvais. Dans l’absolu, pourquoi pas…


Mais ces concours sont encore trop timides : le jury à une plus forte pondération que les internautes, soulignant ainsi que la démocratie sur Internet c’est bien, mais que l’expertise de quelques-uns, c’est mieux. Pourquoi alors ne pas seulement se reposer sur un jury ? Le grand prix de l’e-réputation fait même mieux, puisqu’un huissier de justice garantie les résultats. Huissier qui, bien entendu, à des compétences développées en veille et en informatique pour juger de la performance d’un outil…


Le web doit donc rentrer dans les schémas classiques où les plus « experts » ont le droit de choisir ceux qui leurs semblent à la hauteur de leur expertise. Où, au final, ce ne sont pas les internautes par leurs visites, commentaires, interactions qui récompensent l’effort fournie (et le salaire pour les CM), mais une poignée de personnes ayant déjà elles-mêmes profitées de ce système pour être mise au rang de « jury ».

 

 

==> Pas de profession sans autocongratulations : de la cérémonie des Césars à celle des victoires de la musique, un milieu professionnel doit avoir ses cérémonies où chacun se congratule et se récompense. Les concours/awards sur le web suivent donc cette même logique : nous sommes une « profession », une communauté, car nous aussi nous pouvons désigner ceux qui sont les meilleurs. Montrer l’unité par le vote, la reconnaissance par le respect des choix du jury. Ces concours/awards/cérémonies ont donc cela de positif à mon sens qu’ils permettent de structurer une profession… Au risque que beaucoup ne s’y reconnaissent pas ?...

 

 

==> Prôner le web pour en sortir dès que l’occasion se présente… Car oui, si le web permet déjà de savoir qui a la plus grosse (réputation), le fait d’organiser des cérémonies, des concours sur des modèles déjà usés jusqu’à la corde, le fait de pouvoir la montrer à tous (sa réputation) hors du web en définitive ne peut qu’être valorisant.

 

 

==> Trouver des points de repère… Si les classements automatisés donnent des points de repère, les concours permettent eux aussi de mettre en avant ce qui est bon ou mauvais, l’exemple à suivre ou non. Encore une fois, le web à surement besoin de cette formalisation à condition qu’elle n’édicte pas ensuite de normes (comme c’est le cas, donc, pour Google et autres Wikloutio).

 

 

==> La course à l’institution… Ce qui me dérange aussi un peu dans ces classements cérémoniels est la volonté sous-jacente de venir une référence, un label qualité du web type « panels de consommateurs ». Autrement dit, encore une fois, passer outre le fonctionnement actuel du web pour délivrer une forme de reconnaissance plus mainstream, plus habituelle, ou chacun comprendrai le fonctionnement. Mais peut être me trompes-je ?

 

 

==> Questionner la légitimité… Le (gros) point faible de ce genre de concours est la légitimité du jury. Ayant été moi-même jury d’un concours de blog, il est clair que cette légitimité passe par la visibilité du jury, ses « titres », etc. Autrement dit, la qualité du concours ne tient pas tant des inscrits que de la reconnaissance dont bénéficient les organisateurs et/ou le jury. Un peu comme miss France : il faut maintenant choisir entre TF1 ou de Fontenay pour décider de quelle miss sera légitime ou non pour représenter la France (ou s’en servir de prétexte pour s’en fiche encore plus).

 

 

==> Faire émerger et médiatiser : voilà tout l’intérêt de ces concours… Médiatiser des acteurs du web qui produisent de la qualité, mais qui n’arrivent pas à émerger par eux-mêmes. Ce qui souligne que soit-il devient impossible de se faire connaitre sur le web, les têtes d’affiches occupant déjà trop l’espace ; soit  que ces concours sont vus comme une manière d’être reconnus rapidement sans trop d’effort… Ou, Graal suprême, être reconnu en « off » (et avoir un trophée à mettre dans ses toilettes) ! Dernière touche d’ironie : les grands gagnants sont généralement les organisateurs, qui ainsi se médiatisent grâce au travail des autres. Mais n’est-ce pas, le principe du web ?!...


 

Au final…

 

Les concours/prix visant à récompenser des acteurs du web ne sont pas une mauvaise chose en soi : ils permettent de faire émerger de nouveaux talents, de fédérer une communauté voire de réellement récompenser « en vrai » des acteurs du web incontournables.


Seulement, on peut réellement s’interroger sur la pertinence de certains de ces concours, où l’objectif n’est pas de faire découvrir mais de fixer ce qui est ou n’est pas un bon/mauvais, et surtout s’approprier des concepts qui n’en sont pas encore vraiment : la réputation en ligne, le community management ou les blogueurs.


Car si le web permet bien quelque chose, c’est la diversité : diversité de contextes, de discours, de formes, de tons, de stratégies… Laisser à quelques-uns la possibilité de choisir pour tous va tout simplement fragmenter les communautés, entre ceux qui auront été élus par un jury, et ceux qui seront reconnus par les internautes.


Pour résumer : découvrir de nouveaux acteurs, ok. Générer de la visibilité en s’appropriant des concepts encore difficilement définissables, pas glop. L’industrie de la réputation se transpose donc de plus en plus au web… Et pour celles et ceux qui s’interroge en profondeur à cette thématique de l’évaluation, je vous invite en mars 2012 à vous rendre au colloque dédié : http://www.evalmedia2012.fr

 

Sur ce, je vous invite à voter pour le Ninja Guru Wikloutio of the Century ! Vos choix en commentaires, et le jury (composé de mon chat et moi) définira par la suite celui qui se verra remettre le Klout d’Or. Ainsi que 15€ d’Adwords pour son personal branding, et un label « Expert of the Year » dont le badge s’affichera fièrement sur le blog de l’intéressé(e).


 

Et vous, comment percevez-vous ces concours/cérémonies ? Quels concours/cérémonies aimeriez-vous créer ?!

 

Par Camille A - Publié dans : Rayon Etonnement - Communauté : NTIC : Nouvelles technologies
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Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 15:57

Kikootweet.jpg Petit rapport d’étonnement aujourd’hui sur Twitter et ses nouveaux usagers. En France, d’un objet journalistique et professionnel, Twitter se transforme petit à petit en objet numérique de consommation courante. Si pour les geekoolol avertis cette démocratisation paraissait prévisible, la montée en puissance de nouveaux utilisateurs a de quoi étonner sur certains aspects… Et surtout amener de nombreuses questions quant à la suite.

 


En préambule, il s’agit ici d’un constat purement personnel, dont l’objectif n’est pas de porter un jugement sur les nouveaux/potentiels/futurs utilisateurs de Twitter, mais de se questionner sur l’impact qu’une démocratisation massive de cet outil aurait (aura ?) sur les stratégies d’entreprises.

 

 

Le(s) constat(s)

 

Si les vacances du mois d’aout m’ont permis de me déconnecter, un coup d’œil rapide sur ma timeline, et plus spécialement les « Tops Tweets » a été difficile à réfréner. Et quel ne fut pas mon étonnement de voir de nombreux tweets que l’on pourrait qualifier (avec un regard « d’adulte », à tort ou à raison) de kikoolol : des tweets d’ados, souvent mal orthographiés, et dont l’humour et les références rappellent les plus grandes heures de Skyblog (ou de Facebook à l’heure actuelle)…


KikooTweets1.jpg

KikooTweets2.jpg

KikooTweets3.jpg

 

Bien entendu, l’algorithme des Tops Tweets reste obscure, même s’il met en avant les tweets les plus retweetés. Evidemment, au mois d’aout de nombreux professionnels sont en vacances, et le mois de septembre nous ramène à des tweets plus « conventionnels » (i.e. que l’on a l’habitude de voir en top tweets, souvent plus informatifs qu’ironiques). Le phénomène n’est pas non plus nouveau, mais il prend de l’ampleur.


Au-delà, ce premier constat/étonnement montre non seulement l’arrivée d’un public plus jeune sur Twitter (ce qui est plutôt positif, nous le verrons plus loin) ; mais aussi l’importation de codes sociologiques et d’usages provenant d’autres plateformes comme Skyblog ou encore Facebook. Ce cheminement est d’ailleurs bien résumé dans ce (top) tweet :


KikooTweets4.jpg

 

Remarquons au passage que l'on est loin des "bons conseils"  lus un peu partout en termes de personnal branding (au niveau du nom de compte, de la bio, de l'avatar, etc.). Une mise en scène déjà existante sur Twitter, mais qui devient la règle pour ces utilisateurs.


Twitter va-t-il alors permettre de cristalliser les usages provenant d’autres plateformes ? Ou va-t-il devoir s’y adapter ? Nous y reviendrons plus loin…


 

Autre étonnement :


 => Ma grand-mère : « Tiens, tu connais Maitre Eolas ? »

 => Moi : « Oui, pourquoi tu cherches un avocat ? »

 => Ma grand-mère : « Non, mais je viens de lire sur Le Nouvel’Obs que c’était une star sur Twitter ! D’ailleurs, ça à l’air intéressant comme site, tu me montres comment ça marche »

 => Moi : « Depuis le temps que je t’en parle… »


Si les médias dits traditionnels parlent depuis un certain temps de Twitter, les sujets étaient généralement tournés sous la forme de notes aux initiés, de constats phénoménologiques : « Les rumeurs sur Twitter », « Twitter a aidé à la révolution », « Twitter n’aime pas Zaz », etc.


Cet article du Nouvel Observateur (et de nombreux autres) vient changer subtilement la donne : il est clairement incitatif. Plus question de parler de Twitter comme un outil journalistique ou réservé aux « geekjeunesprosquiconnaissent », mais plutôt comme le réseau qui monte et sur lequel il faut aller tenter sa chance pour (au choix) : être au courant de l’actualité, communiquer avec des personnalités, devenir connus, partager ses idées, etc. 


Et mon étonnement sur ce nouveau traitement médiatique n’a fait que s’accentuer quand, en allumant la radio, je tombe sur l’émission Francosonik. Celle-ci comprend une « revue de tweets », où l’on débat sur « le vent » que telle star à fait à telle autre sur Twitter, qui drague qui sur sa timeline… Bref, rien de nouveau dans le fond, mais une mise en avant de Twitter comme réseau où il faut être pour tout connaitre (des peoples notamment).

 

En résumé, Twitter vient d’entrer (ou plutôt confirme) sa phase de démocratisation en France. Phase soutenue par les médias et l’arrivée de plus en plus nombreuse (et active !) de nouveaux utilisateurs. Ce qui, d’un point de vue des stratégies des organisations (en matière d’e-réputation notamment) peut amener à se poser certaines questions.


 

Vers une évolution des codes ?

 

Au-delà des possibilités inhérentes à ses fonctionnalités, Twitter a vu se développer de nombreux usages : du FollowFriday au RT ces usages codifiés permettent aux nouveaux utilisateurs de s’intégrer dans la « communauté des twittos » (ce qui n’est pas sans rappeler les forums ou autres listes de discussions).


Laurent Joffrin a d’ailleurs fait les frais de ces usages, se vexant pour un tutoiement qui, s’il n’est pas de rigueur sur Twitter, est souvent la norme des échanges.

Au-delà de la première interprétation qui pourrait se concentrer uniquement sur un certains fossé générationnel (et un égo légèrement hypertrophié), cet événement anecdotique amène à plusieurs constats :


==> Twitter est un réseau ouvert à tous, mais où les premiers utilisateurs (les early adopters) font parfois preuve d’un certain conservatisme quant « aux usages à respecter » (en l’occurrence, on ne s’offusque pas d’être tutoyé). Et sont bien entendu taquins envers ceux qui prennent tout au pied de la lettre


==> Twitter est un réseau de proximité et, pour l’instant, peu importe le volume de nouveaux arrivant ou la renommée de ceux-ci, si l’on y vient c’est pour être interpellé. Contrairement à Facebook ou autre, l’intérêt est de pouvoir dialoguer directement et vraiment avec les personnes derrière les comptes.


L’arrivée de nouveaux utilisateurs, aux habitudes informationnelles et d’échanges différentes, va alors remettre en question ces codes. Car, contrairement aux forums, seule la communauté (au sens large) a une capacité de modération sur les utilisateurs. Et contrairement à Facebook ou Skyblog, les contraintes techniques de l’outil amènent à certaines restrictions d’usages.


Reste à savoir si :

=> Les early adopters de Twitter vont s’adapter à certaines nouvelles habitudes… Ou bien fuir l’outil (ce qui serait dommage et inutile)

=> Les nouveaux entrants vont s’adapter à la lettre aux usages développés par leurs ainés (ce qui serait dommage aussi, aux vues des possibilités d’évolution de Twitter).


Dans tous les cas, pour une entreprise, cela signifie qu’en fonction des communautés visées les codes peuvent changer, et qu’il est nécessaire de les appréhender pour communiquer au mieux.

 

 

Un égosystème à part entière ?


 

Facebook porte généralement l’attention sur l’objet : on devient fan d’une marque, d’un produit, d’une phrase (« pour tous ceux qui… ») ou d’une « personnalité ». Twitter justifie le terme « blogging » (accroché à « micro ») par le fait que l’auteur (le sujet) devient plus important que les thèmes qu’il traite. Et, contrairement aussi au géant Facebook, Twitter est généralement ouvert et accessible.


Cette mise en avant de la personne (comme pour les blogs donc ou les réseaux professionnels) explique d’une part l’utilisation « personnal branding » (branling diront certain(e)s) de la plateforme. Mais aussi la naissance de « nouvelles stars » du tweet…

Au commencement, les personnes les plus suivies étaient généralement des blogueurs ou célébrités ayant acquis leur notoriété sur un autre support. Depuis quelques temps, certains internautes acquièrent cette notoriété par et pour Twitter, comme @landeyves par exemple.


D’un point de vue des stratégies de gestion de la réputation en ligne, cette propension que Twitter a de permettre à chacun d’y gagner en notoriété au-delà de la plateforme elle-même (pour ne pas oser dire en influence), sans pour autant être présent sur d’autres supports, nécessite de repenser les relais stratégiques d’information et les ambassadeurs potentiels de la marque. Et surtout de viser à une cohérence multi-supports : un lecteur de blog pourra aussi retrouver un autre leader d’opinion sur Twitter, et mieux vaut que les avis ou la présentation du produit/service soit en adéquation. Car difficile de définir lequel des deux aura le plus d’impact…


 

Vers plus de bruit ?


 

Pour les professionnels du web et de la veille, qui dit plus d’utilisateurs actifs aux usages et codes parfois différents, dit plus de bruit informationnel. Cette démultiplication des messages amène à prendre en compte de nouveaux paramètres :


==> Nécessité de relativiser le développement de certains événements. Si certaines communautés s’affirment de plus en plus (comme celles, d’un point de vue générationnel, des adolescents), alors elles peuvent devenir de plus en plus étanches. Certains événements fortement relayés par une communauté précise ne le seront pas pour autant sur l’ensemble de Twitter. C’était déjà le cas pour les geeks/pros du web, si Twitter continue son ascension en France cela le sera de plus en plus


==> Ne plus se focaliser sur le rapport de force (un compte avec de nombreux followers), mais le rapport de masse (de nombreux comptes qui échangent entre eux). Surveiller exclusivement les comptes avec de nombreux followers peut laisser passer certains événement ou échanges stratégiques pour une organisation. Ce qui, dans un sens, va à l’encontre de la Kloutisation des échanges…


==> Repenser l’utilisation des outils de veille. La capacité des outils à traiter les informations en temps réel, à les hiérarchiser, les analyser, etc., risque de devenir vite obsolète face à des emballements sur Twitter pouvant produire des milliers de tweets à la minute. Un renforcement des équipes de community mnagement et des méthodologies attenantes pourrait devenir nécessaire.


 

Vers une fragmentation du temps médiatique ?


 

Et un renforcement du temps communautaire… Si la médiatisation d’un événement devient le moment crucial en termes d’actions d’e-réputation, l’accroissement des utilisateurs actifs de Twitter va fragmenter la temporalité médiatique des événements. On peut constater que certains faits qui  faisaient l’actuatwittée durant un temps limité, peuvent remonter à la surface durant plusieurs jours (voir semaines). Lorsqu’une communauté sur Twitter s’empare d’un événement sans pour autant que celui-ci soit en temps réel, l’on se retrouve vite face à un effet ricochet. Effet qui nécessite alors de rester en alerte et d’effectuer plusieurs fois des actions pour mieux le gérer.


Schématiquement, qui dit plus d’utilisateurs dit plus de filtres informationnel par lesquels passe l’information. A l’entreprise d’identifier et surveiller ces filtres.

 

 

Une mémorisation plus difficile ?


 

Plus d’utilisateurs donc plus d’usages, plus de tweets… Et in fine plus d’informations à mémoriser, classer, hiérarchiser…


Les moteurs de recherches étant actuellement à leurs balbutiements en termes de gestion des tweets, il parait essentiel de penser dès maintenant à une manière de conserver les tweets pouvant être utiles par la suite. Si Twitter prend tout son sens (et son intérêt) dans les échanges en temps réel, il n’empêche qu’il s’agit aussi d’une vraie mémoire collective des événements, dont garder une trace peut servir à prévenir des crises prochaines, ou encore obtenir du recul sur certains événements.


 

Vers des rumeurs amplifiées ?


 

Comme dit plus haut, la démocratisation de Twitter peut amener à réapprendre de nouveaux codes. Le second degré amplifié est peut-être ce qu’il y a de plus flagrant sur le web, et encore plus sur Twitter (le lol sans le kikoo en quelques sortes). Sans revenir une énième fois sur la notion de qualification des sources, il faut pouvoir appréhender une nouvelle grammaire qui ne se définie non plus seulement dans le texte en lui-même (140 caractères) mais dans la manière dont il est relayé, redocumentariser, etc. En bref, les propos peuvent prendre au final plus de sens par leur diffusion que par leur construction.


 

Jusqu’à la prochaine migration ?


 

Comme pour tout, l’arrivée de nouvelles générations, de nouveaux utilisateurs fait plaisir aux actionnaires mais moins aux early adopters…  Comme dans les forums, les règles d’usages peuvent alors se durcir pour faire barrage à l’entrée. Entrainant alors un fort repli communautaire entre « ceux qui étaient là avant », et les autres. Ce qui, notons-le, serait dommage étant donné la richesse qu’une ouverture du réseau dans sa globalité peut amener. Et qui serait par ailleurs un frein au développement de Twitter, l’élitisme étant rarement soluble dans le social (voir pour cela l’exemple de Quora et de ses règles trop strictes).


Si théorie évolutive des médias sociaux il y a, et dans la perspective que de nouveaux outils vont apparaitre, Twitter n’est peut-être qu’une étape vers d’autres outils. Dans tous les cas, Twitter repose sur un modèle économique fragile (pour ne pas dire inexistant), et même si l’arrivée de nouveaux utilisateurs actifs est une bonne nouvelle, il n’en reste pas moins que son avenir n’est pas encore fixé. Sa simplicité d’usage est en rupture avec les traditionnels réseaux (comme Facebook ou Myspace). Sa facilité d’analyse fascine les professionnels et les chercheurs. Il parait alors difficile de parier sur un potentiel concurrent à l’heure actuelle. Peut-être, comme le souligne certains internautes, Google+ (mais cela parait mal parti) :

 

KikooTweets5.jpg


Ou alors, jusqu’à la prochaine mutation ?... Twitter arrive dans les écoles comme outil pédagogique. Qui nous dit que, dans les années à venir, tweeter ne sera pas devenu un acte courant (comme pour les sms par exemple), intégrer au bagage culturel de base d’un enfant scolarisé en France ? Comme le souligne le philosophe Michel Serres : « Ce que l’on sait avec certitude, c’est que les nouvelles technologies n’activent pas les mêmes régions du cerveau que les livres. Il évolue, de la même façon qu’il avait révélé des capacités nouvelles lorsqu’on est passé de l’oral à l’écrit. Que foutaient nos neurones avant l’invention de l’écriture ? » Et que foutrons-t-elles après un usage de Twitter intensif ?...

 

 

Au final…

 

En partant du principe que les kikootweets et les invitations médiatiques à utiliser Twitter sont des signes avant-coureurs d’une démocratisation de la plateforme, je pourrais dire « enfin »… Enfin, lors d’une présentation de cet outil, il ne sera plus nécessaire de préciser qu’il s’agit en France d’une petite communauté de journalistes et de professionnels de l’information. Que les entreprises ne peuvent y développer que des actions bien spécifiques, n’y chercher que des opinions souvent similaires.


A contrario, qui dit démocratisation dit généralement appauvrissement des échanges, et risques d’une « bunkerisation » (ou d'homophilie) des utilisateurs.


Il ne reste plus à espérer que si Twitter devient mainstream en France, ce sera au profit de tous, et que le syndrome Facebook (publicité à outrance, utilisation des informations personnelles, starification du créateur, baisse des échanges, etc.) ne s’emparera pas des gazouillis.

 

Et vous, pensez-vous que Twitter est (en France) dans une phase charnière de son évolution ? Comment percevez-vous, en tant qu’utilisateur et/ou professionnel, l’arrivée d’un nouveau public et de ses usages ?!

Par Camille A - Publié dans : Rayon Etonnement - Communauté : NTIC : Nouvelles technologies
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Jeudi 26 mai 2011 4 26 /05 /Mai /2011 15:03

  CommentairesNegatifs.jpg De nombreux discours sur l’e-réputation se concentrent sur les commentaires/avis négatifs. Cette vision binaire parfois étonnante, négatif = mauvais, positif = ce que l’on cherche à atteindre, exclue souvent tout l’intérêt que ces commentaires jugés comme négatifs apportent à une organisation. Voyons rapidement pourquoi…

 

Tout d’abord, il est important de rappeler que rien n’est négatif ou positif en soit, ce n’est qu’une question de perception. Perception basée sur l’image voulue par une organisation pour ses produits/services, image qu’elle retrouve ou non dans les avis exprimés sur le web (à condition bien entendu qu’elle définisse clairement cette image voulue). Difficile aussi d’extrapoler sur la perception que l’internaute en aura, sauf si celui-ci l’exprime clairement.  

Au final, ces commentaires/avis qui peuvent paraitre négatifs et critiques sont (et on peut en débattre) une vraie valeur ajoutée pour une organisation. Voyons très synthétiquement pourquoi…


 

Un commentaire négatif permet de s’améliorer : ce n’est pas parce que vous avez pensé que votre produit ou votre campagne de communication auraient tel ou tel impact que cela va arriver. Le fait que des internautes critiquent votre produit/service va vous permettre de l’améliorer. Il serait illusoire de croire que le web va reproduire le même type d’acceptation passive que les médias « classiques ». Au contraire, ces critiques expliqueront peut-être par exemple le faible chiffre de ventes.


Du point de vue d’une innovation technologique ou d’usages, les avis jugés comme négatifs, ou remettant en question l’innovation en elle-même, peuvent être considérés comme une forme de béta test grandeur nature : l’objectif est alors d’améliorer ce que les internautes soulignent. Et comme la communication virale à tendance à s’adresser aux geeks, ces avis ne sont pas forcément ceux de vos clients mais de personnes souvent spécialistes d’un domaine lié à votre innovation. Ils sont donc souvent un vrai plus pour affiner certains aspects et corriger certains défauts.

 


Un avis négatif peut être un levier d’achat : si l’on recherche des avis sur le web, c’est souvent pour se rassurer ou pour y retrouver ce que l’on croit savoir (théorie de l’horoscope : je cherche confirmation que quelque chose de bien ou de mal va se passer, en fonction de mon humeur). Et comme rien n’est parfait, il est parfois rassurant de voir qu’un produit/service ou même qu’une marque aux valeurs affirmées ne plaisent pas à tout le monde. Cela permet à un acheteur potentiel déjà attiré par votre offre (sinon il ne chercherait pas à en savoir plus) d’évaluer si les défauts pointés du doigt par d’autres consommateurs vont être pénalisant pour lui, ou si au contraire ils ne sont que marginaux.

Mais aussi de se positionner face à une communauté (sociale) à laquelle il veut se rattacher ou s’opposer. Comme le soulignait d’ailleurs Jules Renard à son époque : « C'est quelquefois la critique d'un critique que nous n'aimons pas qui nous fait aimer le livre critiqué. »


 

Les avis négatifs sont en quelques sortes un critère de différenciation important pour une organisation. Ils ouvrent la voie vers l’identification de communautés de consommateurs, délimitent les réticences face à un produit/service/marque en fonction d’une typologie d’internautes. Plus les avis sont tranchés (supporters VS critiques), plus vous pouvez évaluer la segmentation de vos « cibles ».


 


Les commentaires négatifs peuvent amener au débat. Et c’est tant mieux, car cela vous permet aussi d’identifier les personnes qui vous soutiennent. Et surtout, de réfléchir à des argumentaires efficaces pour votre prochaine campagne de communication. Trop d’avis consensuels apportent peu, et il cognitivement plus aisé d’accepter passivement une affirmation que de la réfuter.

De plus, les commentaires négatifs sont parfois une perche tendue vers les organisations pour une ouverture au dialogue. Si tout le monde est d’accord avec vous, à part remercier,  il y a peu de raisons d’échanger. 

 

 


Avoir un avis négatif ne veut, par contre, pas dire « troller ». Un commentaire négatif ne signifie bien entendu pas « diffamation » ou propos hors-contextes visant seulement à créer « une émeute virtuelle ». D’où l’intérêt, si l’on parle de gestion de communautés web ou de modération, de définir clairement une charte de ce qui semble acceptable ou non dans un débat. Mais là aussi, encore une fois, le troll peut avoir du bon (si, si) : il permet de définir, pour une communauté que vous animez, quels sont les propos/idées ou les voies dans lesquelles ne pas s’engager au risque d’être vite débordé.

 

 


Globalement, les commentaires négatifs permettent de mesurer l’impact de vos actions et de votre message. Si l’on parle d’e-réputation et d’opinions, les commentaires descriptifs on peut d’intérêt hormis souligner que votre message est visible et relayé (ce qui est déjà pas mal me direz-vous). Les commentaires négatifs soulignent eux une forme d’engagement, l’on a porté de l’attention à votre message, même si cela est ironique, et surtout les internautes ont développé ce que beaucoup recherchent et peu trouvent sur le web : de l’interaction. Alors effectivement, mieux vaut être soutenu que contredit, mais cependant (et encore une fois) définir son positionnement sur le web ne se fait pas en une seule campagne (d’ailleurs si l’on parle de gestion il serait intéressant de sortir du « mode campagne de communication »). Les commentaires/avis négatifs ou ironiques montrent le chemin à suivre pour optimiser au mieux ses prochaines actions, et définir un objectif précis : attirer l’attention tout en orientant les discours vers l’image voulue par l’organisation.

 

 


Enfin, un « bad buzz » est un buzz quand même…  Si votre seul objectif était de gagner en visibilité, les commentaires jugés comme négatifs sont là pour vos rappeler que l’opinion est la partie importante d’une stratégie d’e-réputation. Gagner en notoriété est une chose, être en adéquation avec l’image que l’on souhaite projeter en est une autre…. De plus, une critique est parfois un « signal faible » permettant de détecter une possible crise.

 


 

Au final…


L’objectif n’est bien entendu pas de dire que les commentaires que vous jugez négatifs sont le résultat à obtenir. Mais plutôt de souligner que, parfois, ce qui peut vous paraitre négatif est en fait une piste vers une amélioration de votre stratégie. Si le web à tendance à favoriser la critique, ce n’est pas pour autant que celle-ci doit être rangée dans un coin avec la mention « n’ont rien compris au message ».


 

Ce rapide rapport d’étonnement vise donc à faire remarquer que la négativité n’est pas toujours synonyme de « non-constructif » (même si cela est sa définition même). Au contraire, une critique constructive apporte souvent bien plus en termes d’image et de définition d’une stratégie qu’un avis positif peu étayé.

D’ailleurs, il serait intéressant de réfléchir à la définition même que l’on donne à « négatif » : est-ce dans le sens de « critique » (orientation prise dans ce billet) ? de non-constructif ? de contraire à la vérité (mais laquelle, celle de l’organisation) ?


 

Le tout étant de définir clairement ce que l’on juge négatif (et surtout jusqu’à quel point), et de se questionner sur la manière dont ces critiques peuvent être intégrées à l’évolution de votre marque/produit/service.  Car si le web dit social permet  notamment une chose intéressante en terme de réputation, c’est la co-construction de celle-ci avec les internautes, l’aspect négatif, ironique ou critique en faisant partie intégrante.


 

Et vous, comment appréhendez-vous les avis négatifs ou critiques ? En quoi servent-ils votre stratégie d’e-réputation ?

Par Camille A - Publié dans : Rayon Etonnement - Communauté : NTIC : Nouvelles technologies
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Mardi 19 avril 2011 2 19 /04 /Avr /2011 13:40

Veille-competence.jpg Petit rapport d’étonnement sur un débat vieux comme la veille, mais qui mérite encore quelques réflexions : la veille est un métier à part entière, pas une simple compétence de plus… Débat ravivé selon moi par le développement du web et de ses outils tous plus performants les uns que les autres ; mais qui sans méthodologie ne sont plus si performant que ça…

 

 

 

 

 

 

Cet étonnement par de divers constats, échanges et lectures…


Tout d’abord, un très bon billet écrit par Marie sur l’œil au Carré, et intitulé La veille, son métier et ses idées reçues. Car sans le détailler, Marie postule que la veille est un métier… Nous pourrions déjà débattre de cette question, mais ici, aujourd’hui, c’est parti pris, donc oui : la veille est un métier.

 

Alors qu’est-ce qui peut bien (me) faire douter que cette vision métier de la veille et de la recherche d’informations n’est pas accepter de la même manière par tout le monde (en tout cas les personnes qui ont recours à de la veille) ?!

 

 

La veille une simple compétence ?


 

Ah le web… Devenu indispensable pour certaines organisations, il n’en reste pas moins un territoire de communication, marketing ou autre, complexe à appréhender. Complexe car sans cesse en changement, complexe car des millions d’émetteurs diffusent de l’information à chaque seconde. Et qui dit information croissante dit difficulté d’accès et nécessité de collecter et qualifier de manière fiable cette information.


Mais le web est magique, ne cessons pas de le rappeler… Car sur le web il y a des outils pour collecter l’information… Il y a même beaucoup d’outils ! Et c’est là que le premier « problème »  se pose.


Ce n’est pas parce que vous avez accès à des outils qui collectent de l’information que vous ferez une collecte ou une veille fiable. Frédéric le soulignait dans son article à charge contre la curation : les nouveaux usages tendent vers la multiplication des informations, la reproduction à l’identique des mêmes contenus, posant ainsi de nombreuses questions : qu’elle est la source originale ? L’information est-elle fiable ? Comment l’intégrer dans une prise de décisions ? Etc.


« Oui mais il y a des supers outils clés en main avec des reporting tout faits ! En plus ils fournissent des zolies graphiques »… Certes. Mais d’une part ces outils sont vite limités, et d’autre part ne pas comprendre au minimum comment fonctionne ce type d’outils (sélection des panels, capacité de crawling, etc.) montre là aussi vite ces limites. Et au niveau du gratuit, comme le souligne Christophe, il parait inquiétant de se reposer seulement sur Google. Google, aussi bon soit-il, n’est pas pour autant l’outil magique qui va vous permettre de fouiller en profondeur le web…


Et ce n’est toujours pas un outil qui va vous permettre d’intégrer ce genre de problématiques à votre stratégie, ce n’est pas un outil qui va vous permettre d’acquérir certains réflexes, certaines pratiques de lecture, d’analyse, de mise en doute des informations collectées…


 

Seulement voilà, il suffit de lire certaines offres d’emplois pour tomber sur les poncifs du type (je cite ici de vraies offres) :


==> « [Vous] Faites un suivi et une veille online des sites auprès de nos clients »


==> « Surveillance des dernière tendances sur le web »


==> « Production de rapports de veille pour nos clients »


Rien d’étonnant me direz-vous… Pour moi si, car ces offres sont des postes de community manager ou communicant ! Autrement dit, en plus de savoir communiquer, créer des sites, faire des reporting, etc., on demande aussi à la même personne d’établir des stratégies de veille.

 

Tout le monde sait que pour travailler dans le web il faut être un couteau suisse numérique, mais je m’interroge sérieusement sur la qualité des résultats fournis par une personne qui, en plus d’un métier à plein temps (gérer une communauté, définir des stratégies de communication), doit établir une stratégie de veille efficace.


Qui plus est lorsque cette personne n’a pas été formées à la veille et à la recherche d’information, ou tout du moins qu’elle n’en a qu’une pratique personnelle (demande-t-on à un conducteur de scooter de faire le Paris-Dakar juste parce qu’il conduit bien son deux-roues ?). Le constat est donc là : la veille devient de plus en plus une compétence comme les autres, un « curator » tweetant de manière active pouvant fournir des informations fiables et fouillées pour prendre des décisions stratégiques (c’est bien connu)… Au pire, il y a l’outil magique !


 

La veille est déjà un ensemble de compétences


Faire de la veille ne se résume donc pas à analyser les statistiques de sa page Facebook, ou mettre un flux RSS sur Twitter (je caricature ?).  Pour arriver à un résultat fiable (ie qui permet une prise de décisions effective) il faut pouvoir appréhender un ensemble de moyens méthodologiques et techniques. En voici quelque uns (liste non-exhaustive) :


==> Définir les objectifs de sa veille


==> Mettre en place un plan de veille

 

==> Connaitre et pratiquer les outils gratuits et payants (ne pas se limiter à la dernière solution à la mode)


==> Savoir « bidouiller » avec les flux RSS ou autre… Ou tout du moins, exploiter à fond les outils à disposition


==> Pouvoir qualifier ses sources

 

==> Appréhender la théorie des graphs et les outils qui l’accompagnent


==> Appréhender les différentes méthodes d’analyse de l’information (voir même pour l’e-réputation l’analyse lexicale et sémantique)


==> Penser à la diffusion et à son acceptation dans l’organisation


==> Connaissance des pratiques documentaires pour l’indexation et la mise à disposition des résultats


==> Connaitre un minimum le droit de l’information


==> Des qualités humaines : curiosité, éthique, remise en question, appréhension du web et de ses usages, culture de l’information…

 

Bref, comme tout métier la pratique et l’exploration des multitudes de possibilités existantes pour collecter et analyser les informations présentent sur le web (et ailleurs) ne se font pas en quelques semaines… Sans devoir être passionné, il faut tout de même prendre en compte l’ensemble des compétences à acquérir ou appréhender pour proposer à un décideur des résultats fiables.

 

 

Au final...


 

Les community managers se demandent parfois si le simple fait de tenir un blog et d’avoir un compte Twitter est suffisant pour faire un CM efficace ?... La question est donc posée pour la veille !

 

Pas d’élitisme cependant dans cet article (ou alors un peu au début pour vous faire réagir). Soyons bien d’accord : les compétences nécessaires à la veille peuvent être acquises par n’importe qui (s’il s’en donne la peine bien entendu) ! Je suis d’ailleurs le premier sur ce blog à essayer de fournir des trucs et astuces et des outils pouvant permettre de se lancer dans une veille sans pour autant se définir comme un « veilleur ».


J’aurais donc dû intituler ce billet : la veille est un métier, et non pas JUSTE une compétence…


De mon expérience personnelle, je voyais moi aussi tout d’abord la veille comme une compétence en plus, un  « truc » nécessaire pour préparer des stratégies efficaces. Au-delà du fait que je me suis passionné pour le sujet (ce blog m’y aidant beaucoup), je me suis vite aperçu que le minimum requis pour mettre en place une stratégie de veille qui tient la route était loin d’être acquis par la plupart des professionnels du web. Et qui plus est, de professionnels vendant des prestations de veille.

 

Tout comme l’ensemble des métiers liés au web, les articles se multiplient sur la veille, se concentrant majoritairement sur les outils. Tout comme de nombreux métiers liés au web, la veille est face à un réel défit d’adaptation pour ses professionnels. Mais comme tous les métiers liés au web, un veilleur est un élément central dans la mise en place d’une stratégie. Que vous soyez recruteur, community curator ou autre, questionnez-vous bien sur l’importance d’avoir à vos côtés une personne qui pense son métier, qui le pratique à fond, et qui ne se contente pas de lire des graphiques et lancer des requêtes sur des méta-moteurs.

 

Le débat est ouvert…

 

 

Et vous, pensez-vous que la veille est juste une compétence en plus des travailleurs du web ? Ou un métier à plein temps ?!

 

Par Camille A - Publié dans : Rayon Etonnement - Communauté : NTIC : Nouvelles technologies
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Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 14:32

Kit-de-survie.jpgLe business de l’e-réputation en France est florissant : 110 millions de CA pour 2010, plus de 150 agences, des articles de plus en plus nombreux dans les journaux… Mais qui dit business en développement, dit normalisation des pratiques pour mieux coller au marché, et paraître cohérent face au(x) client(s). Norbert, consultant, nous donne les clés essentielles pour « gagner en maturité sur cette approche ROIste transversale du leadership digital »…

 

 

 

 

 

 

 Bonjour Norbert, pouvez-vous rapidement vous présenter ?

 

Bonjour, je m’appelle Norbert E, je suis actuellement consultant en brand reputation pour une agence full digitale 360 web social. Mes missions au quotidien consistent à gérer la valeur « réputationnelle » de mes clients sur les médias et réseaux sociaux.

 

Pouvez-vous nous présenter quelles sont, à l’heure actuelle, les armes et techniques essentielles à tout bon consultant en e-réputation ?

 

Bien entendu : elles sont au nombre de 10 (listes non exhaustive)…

 

 

 

Le pré-audit

 

 Avant d’aborder un client (dans le cadre d’un appel d’offre ou autre) il est essentiel de ne pas arriver les mains vides. De démontrer que l’on a compris ses attentes…

 

En lui demandant quels sont ses objectifs, ou l’image qu’il souhaite véhiculer ?

 

Non, pensez vous que nous ayons le temps ?! Nous avons des objectifs chiffrés à tenir, donc nous essayons de mettre en place un fonctionnement rapide d’analyse de l’existant : le pré-audit (ou pré-enquête, ou étude d’approche).

 

Le principe est simple : déterminer quelle est la présence de la marque sur le web, ou plutôt les sources (terme auquel je préfère « lieux d’expressions numériques ») sur lesquelles elles ne sont pas présentes (afin de leur vendre ensuite du community management ou de la création d’espaces). Pour ça, on ne se prend pas trop la tête, on va chercher d’abord sur les réseaux les plus connus (Facebook, Twitter, etc.), ceux qui parlent au client en définitive.

 

L’essentiel : présenter des verbatims (ie discours d’internautes) décontextualisés et négatifs afin de bien démontrer l’intérêt d’une stratégie d’e-réputation. Et si possible chez des influenceurs thématiquement liés à la marque que l’on aborde.

 

 

Et comment définissez-vous ces « influenceurs » ?

 

Avec notre outil de veille surpuissant !

 

 

 

L’outil de veille (puissant)


 Avoir un outil de veille (payant) est aujourd’hui un gage de fiabilité pour tout consultant qui se respecte. Pas un outil de veille que nous développons en interne (pas le temps), mais un des outils présents sur le marché.

C’est lui qui détermine pour nous quelles sont les sources influentes, la tonalité des sentiments dans les discours, le volume de retombées, etc. En plus nous avons de la chance, notre prestataire a accepter de « brander » l’outil aux couleurs de notre agence (ça fait encore plus sérieux).

 

Mais alors vous n’établissez pas de critères en fonction de votre client et de ses problématiques ?

 

Non, le critère principal est celui édicté par certains gourous du web : « votre réputation ce n’est pas ce que vous dites de vous, mais ce que Google dit de vous »… Donc si la source est visible, ça nous suffit (et c’est plus facile à vendre au client).

 

 

 

Le vocable


 Le vocable est essentiel… Qu’il soit technique : community management, curator, full digital, 360, social shopping, social crm… Ou relationnel : touchy, open, propales, bullshit… Bref, le côté anglophone rassure le client, il permet de démontrer notre connaissance du milieu. Et puis au passage, si nous employons tous (ie chaque consultant) les mêmes termes cela renforcera notre crédibilité de manière globale.

 

L’avantage, dans notre agence en tout cas, c’est que chaque rôle est bien réparti, tout le monde n’est pas en contact direct avec le client…

 

Comme ?

 

Les stagiaires bien évidemment !

 

 

Le stagiaire


 Sans vouloir passer pour un esclavagiste 2.0, le stagiaire est essentiel à tout bon consultant. En effet, non seulement cela valide son diplôme, mais surtout cela permet au consultant de prendre de la hauteur en déléguant certaines tâches opérationnelles et répétitives (et ça forme la jeunesse).

 

Comme ?

 

La création et la gestion des pages sur les réseaux sociaux, la mise en page des propales [propositions commerciales, NDR], le pré-audit, le compte-rendu de mission, la surveillance quotidienne de l’outil de veille, la création de tableurs pour analyser les résultats…

 

Un peut tout au final ?

 

Non, pensez-vous ! La relation client est pour les commerciaux, mais moi, consultant senior, j’apporte la pierre angulaire de la stratégie d’e-réputation : l’expérience…

 

 

 

L’expérience


Moi, j’ai 10 ans d’expérience dans le marketing et le web. Et ça, c’est essentiel pour rassurer un client. Et c’est bien connu : mieux vaut 10 ans de mauvaises expériences, qu’une année de réussites !

 

En plus cela permet de développer des offres et un discours « passe-partout » qui collent aux besoins classiques des entreprises. Même si je suis conscient que chaque entreprise est différente, il n’empêche, le budget lui est toujours accordé en fonction des mêmes leviers.

 

Par exemple ?

 

La recherche de la maîtrise.

 

 

 

La peur de la perte de contrôle


 Ce qu’il y a de magique avec le web social, c’est que son fonctionnement brouille les repères traditionnels des entreprises. Jouer sur la nécessité de reprendre le contrôle de son image est un bon levier pour attirer le client.

Comme dit plus haut, l’idée est de mettre en avant les risques de crises plutôt que les opportunités de développement. Le verbatim négatif, c’est un peu le pied dans la porte des commerciaux d’antan. Une fois que le client nous engage pour prévenir une crise ou gérer des avis négatifs on peut lui vendre le reste (surtout si l’agence est une filiale de groupe).

 

Ma technique à moi, pour démontrer que je suis aux avant-postes des risques numériques, c’est de présenter au client mon compte Twitter (et mes 5000 followers).

 

Je ne vois pas le rapport ?

 

Et bien il faut se mettre à la page alors !

 

 

 

Le compte Twitter


 Twitter est un outil de micro-blogging dont l’utilisation permet, en temps réel, de diffuser…

 

Oui, je sais ce qu’est Twitter ! Mais le rapport avec la perte de contrôle ?

 

Ah, et bien tout bonnement démontrer que je suis un expert en réseaux sociaux, que j’arrive à gérer mon e-réputation par le biais de mes milliers de followers. Bref, que ce qui marche pour moi marchera pour mon client.

 

Et entre nous, cela permet de lancer des opérations, de générer quelques contacts quoi qu’il arrive. Mon astuce perso : les DM automatiques pour inciter mes followers à lire un article ;-)

 

En plus, je reste en contact avec les autres consultants (pas de concurrence chez nous, les agences sont une grande famille), ce qui me permet de rester dans la mouvance. Mais aussi de trouver des cas qui pourront impressionner le client.

 

 

 

Les cas

 

Rien de mieux qu’un business case emplie de best practices pour démontrer l’intérêt de mon savoir-faire au client. L’essentiel étant de trouver une marque qui se rapproche plus ou moins du client, ou tout du moins une marque qui est facilement reconnaissable (mes préférés étant Coca, Apple et Nestlé). S’il y a eu une crise alors ce n’est que du bonheur, surtout si cette crise est encore visible dans Google.

 

Pas la peine d’aller chercher très loin, remarquez, de nombreux blogs présentent sans cesse les mêmes exemples, il suffit de piocher et de tourner ça de manière vendeuse.

 

Le tout est de donner des chiffres : volume de fans sur Facebook avant/après (marche pour les crises comme pour les réussites), diminution du CA, nombre de retombées (positives ou négatives), etc.

 

 

 

Les chiffres


Les chiffres sont essentiels à notre métier… La réputation est une perception, mais il est plus facile de la traduire en chiffre que d’expliquer que chaque individu étant différent, il est nécessaire de réfléchir à d’autres types d’indicateurs.

 

De plus, il faut que le client en ait pour son investissement ! Etant donné qu’il ne connaît pas grand-chose au web (sinon il ne passerait pas par nous), il est nécessaire de calquer les indicateurs médiatiques hors-ligne au fonctionnement actuel du web. Lui donner des repères, voyez-vous ?

Par exemple, une source sera crédible et influente en fonction de son volume de visites, comme pour la TV (Médiamétrie fait d’ailleurs autorité sur le web). Peu importe qui lit son article sur le dernier saucisson PorcoBueno (un client à nous dont nous avons fait exploser le nombre de fans sur Facebook), le client voit que cet article est lu, donc il est content.

 

Cela permet donc de le rassurer sur son retour sur investissement, et à moi, consultant, de développer des méthodologies fiables et applicables à tous nos clients.

 

Comme par exemple ?

 

La méthode GLAGLAS©, pour geler les avis négatifs d’internautes sur le web !

 

 

 

Les méthodes en 7 points (ou plus si affinité)


 

Comme je vous l’ai dit précédemment, l’expérience est la clé du succès dans notre milieu. Cette expérience se traduit par la mise en place de méthodologies, en 7 points dans mon cas. Méthodologie qui est applicable à l’ensemble de nos clients, qu’ils peuvent facilement comprendre, et qui donne plus de crédibilité à nos actions : nous réfléchissons avant d’agir !

 

L’idée des 7 points est, de plus, totalement en adéquation avec les tendances web actuelles. Imaginez le client qui se renseigne sur comment faire avant de nous contacter. Il lance sa recherche sur le web et tombe sur des blogs bien référencés. La majorité d’entres eux proposant des listes « à suivre à la lettre pour devenir les meilleurs du web », le client s’y retrouve quand nous lui proposant la même chose. Un mix entre le packaging et le conseil en somme…

 

Mais si chaque organisation est différente, alors la méthodologie ne s’applique pas de la même manière à chacune d’entres elles ?

 

Vous commencez un peu à m’ennuyer. C’est vous l’expert ou moi ? Qui a 10 ans d’expériences et des clients internationaux à travers la France ?!

 

C’est vous, désolé…

 

Je disais donc que cette approche est nécessaire pour pouvoir faire ce que nous faisons de mieux : conquérir de nouveaux clients ! Car soyons réaliste, une bonne agence est une agence en pleine croissance, pas une agence qui stagne ou fait trop de  qualité avec les clients déjà acquis. Les méthodologies doivent donc pouvoir être appliquées à n’importe quel client, non seulement pour gagner du temps, mais aussi pour mesurer notre performance et permettre au concept GLAGLAS© de devenir une référence chez l’annonceur.

 

Merci Norbert pour ces conseils, et votre franc parlé !

 

De rien, tout le monde dit de plus en plus n’importe quoi sur l’e-réputation, il était temps de remettre les pendules à l’heure.

 

 

 

Au final…

 

Petit article satirico-réaliste en ce début de semaine (retour aux choses sérieuses prochainement), vous l’aurez sûrement compris, Norbert n’existe pas (enfin pas tout à fait, mais si vous le rencontrez, demandez-vous si vous devez lui accorder un budget).

 

Loin de moi l’idée de dire que tous les consultants en e-réputation se ressemblent, ou que toutes les prestations d’agences s’uniformisent pour être viables dans un environnement concurrentiel de plus en plus développé. C’est, disons, plutôt un risque qu’une réalité tellement tangible.

 

Mais ce billet part d’une discussion avec des communicants de deux organisations différentes (qui se reconnaîtront) et avec qui j’ai discuté récemment. Après avoir passé un appel d’offre sur les thématiques de l’e-réputation, ils ont donc reçus des propositions d’une dizaine d’agences (que je ne citerai pas). Leur constat : un mimétisme de plus en plus évident, que ce soit dans les prestations vendues, ou dans l’approche proposée.

Rassurez-vous, ils ont tout de même trouvé leur bonheur : des agences proposant une offre en adéquation avec leurs entreprises, partant du besoin de celles-ci plutôt que « des pratiques nécessaires et évidentes pour maîtriser sa réputation en ligne ».

 

Alors tout ça pour dire quoi ?

 

Que ce soit au niveau de la veille, comme de l’e-réputation en général, il ne faut pas voir la démocratisation des pratiques (et du business) comme négative. Il serait d’ailleurs impossible de juger ce qui est bon ou mauvais (sauf peut-être au résultat ?... et encore). Mais je trouve cependant plus inquiétant de voir apparaître une normalisation des pratiques pour un concept aussi jeune que l’e-réputation, et un « médium » d’information et de communication qui l’est tout autant : le web.

 

Car comme le disait Aristote « l’homme est un animal social », et c’est bien l’humain (et ses relations sociales) qui est le moteur premier du web dit 2.0. Et s’il y a un bien un « animal » qui fait preuve de comportements complexes, c’est l’être humain. Pour communiquer avec lui, pour l’informer, le fidéliser, l’influencer, lui vendre des produits ou service, etc., il n’y a pas de bonnes recettes… Qui plus est lorsque l’on représente un système tout aussi complexe : l’entreprise !

 

Voilà, sur ce, la session « articles démystificateurs» est finie pour l’instant :-)

 

 

Et vous, que pensez-vous de cette « normalisation » du métier et du concept d’e-réputation ?! Quels sont les lieux communs qui vous irritent le plus ?

Par Camille A - Publié dans : Rayon Etonnement - Communauté : NTIC : Nouvelles technologies
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