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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 16:27

BlogIndus.jpgRapport d’étonnement cette semaine sur un phénomène qui, à mes yeux, ne cesse de se développer : le passage de blogs « artisanaux » à des plateformes de mise à disposition de contenus qui n’ont de « blog » plus que le nom (mais toujours la qualité cependant). Voyons rapidement quelques exemples, et comment tout cela peut impacter une analyse en veille d’opinion…

 

 

 

 

 

 

Déjà : mais qu’est-ce qu’un blog ?


 

Si l’on s’attache au support, et en s’inspirant de Wikipedia ou autre, un blog est basé sur une technologie UGC visant à permettre la diffusion de contenus multimédias, sous forme de billets agglomérés par ordre antéchronologique, avec possibilité de commentaires, etc.

Nous pourrions déjà débattre ici du fait que certaines technologies (Wordpress par exemple) deviennent de plus en plus complexes à s’approprier, repoussant le côté « blog créé en ¼ d’heure » et nécessitant de plus en plus de réelles compétences en développement web. Mais intéressons nous plutôt à la finalité des blogs, et à leur mise en œuvre…

 

Le mode de fonctionnement d’un blog varie d’un à l’autre, même si quelques grands dénominateurs communs se retrouvent souvent : blog collectif, d’entreprise, carnet de voyage, vie quotidienne, etc.

 

La finalité d’un blog est variable elle aussi : développer son expertise, analyser un événement, présenter sa veille… Le tout étant, de mon point de vue, de traiter le sujet de manière personnelle, en dehors de tout formatage éditorial imposé par d’autres, et dans l’esprit de développer sa propre approche « auctoriale » (du devenir auteur) ainsi que celle de son support d’expression (le blog en l’occurrence).

 

Et c’est là que je m’étonne concernant certains « blogs » : ils sont parfois gérer par des sociétés éditoriales, ils font appel à d’autres blogueurs ayant déjà leurs propres identités mais devant se « plier » à celle du support où ils écrivent… En définitive, ils visent la production quantitative (industrielle), là où (toujours dans ma propre vision bien entendu) le charme d’un blog est son côté artisanal.

Comme pour un artisan classique (prenons un boulanger), les facteurs qui font que l’on revient vers lui sont souvent affectifs (au-delà de la qualité de son travail bien sûr) :

 

==> sa boulangerie, ie le blog

==> sa sympathie, ie ses échanges en commentaire

==> le fait que l’on peut le questionner sur son travail

==> sa proximité géographique, ie les communautés dans lesquelles s’inscrivent le blog

==> la recommandation qui est fait par d’autres

==> la qualité de son travail, mais surtout sa « patte » qui le différencie des autres

==> l’idée, parfois, de tenir une exclusivité, d’être un des rares à profiter de son bon pain

==> ou encore, pour certain(e)s, l’idée que l’argent qu’on lui donne lu revient directement et ne va pas nourrir d’autres desseins (le commerce « à visage humain » pourrait-on dire).

 

A l’inverse, certains sites dénommés comme « blogs » sont eux, en quelques sortes, des supermarchés de contenus : on y trouve de bons aliments pour nourrir ses réflexions, mais ceux-ci sont tous présentés de la même manière, seul le nom du blogueur permet de juger d’avance la qualité des contenus, la surabondance est la règle… Bref, les qualités nutritives (information qualifiée) sont là, mais le contenu perd un peu en saveur...

 

 

 

 

Deux exemples : Locita et Frenchweb

 

 

ATTENTION : je ne remets ici aucunement en cause la qualité des intervenants et des contenus de ces plateformes… Je m’interroge juste sur la pertinence d’appeler encore « blog » ce type de plateformes collaboratives (et je suis ouvert à tout complément d'informations, remarques, questions, critiques, etc. )


 

Locita est une plateforme multi-blogueurs (que Wikio ou Google qualifient de blog),  créée en 2010 par l’agence Evolys, et accueillant près d’une cinquantaine d’auteurs, déjà blogueurs confirmés pour la plupart.

 

Frenchweb est aussi un une plateforme de diffusion de contenus (souvent qualifiée de blog) traitant des actualités du web, développée par l’agence AdsVark, et qui accueille de manière ponctuelle divers experts/blogueurs (les autres auteurs étant parfois difficilement identifiables – journalistes ?).


 

Quel(s) rapport(s) entre ces deux blogs (j’aurais pu en citer d’autres) ?

 

Et bien ils perdent, à mon avis, leurs aspects artisanaux et personnels inhérents à la notion de blog. Bien évidemment, l’originalité de ce type d’organisation de blog est de ne pas passer par des journalistes, mais bien par des blogueurs pour produire du contenu. Ce qui laisse supposer, de prime abord, que l’écriture numérique sur les blogs devient un « style » à part entière. Car hormis ça, nous nous retrouvons rapidement dans la configuration de Slate.fr par exemple, en résumé du « journalisme en ligne ».

 

Autre détail qui éloigne ces blogs de l’idée que je m’en fais, le principe qu’ils soient mis en ligne par des sociétés… Attention, je ne veux pas jouer ici le couplet de la peur du grand méchant patron face au frêle blogueur indépendant, mais je me questionne tout de même sur la logique de «production éditoriale » prenant le pas sur celle « d’écriture ».

Pas de distinction ici (encore une fois) sur la qualité du contenu, mais insister sur la logique industrielle qui prend là toute sa dimension : rythme de production VS envie d’écrire, commande d’un billet VS réflexions sur un sujet, environnement uniforme VS graphisme et ambiance personnelle…

 

Le fait que le blogueur soit décontextualisé de son environnement habituel n’est pas une mauvaise chose pour lui (par expérience), cela lui permet de réfléchir autrement à ses productions, de s’adapter, etc. Mais venir mettre en ligne des billets sur ses thématiques habituelles, sur un autre support m’étonne… Pourquoi ne pas faire un agrégateur (Wikio) ? Ou un site de republication (Owni.fr) ?

Je comprends néanmoins l’aspect communautaire et de visibilité : montrer que l’on fait partie de la blogosphère (être à côté des autres), et gagner en visibilité par la plus grande mixité (et parfois le meilleur référencement) des blogs collaboratifs à grande échelle sur lesquels on publie…

 

Si ces « blogs » existaient autours d’une thématique vraiment précise (type livre blanc), ou encore d’un événement particulier, il me paraîtrait logique de chercher à différencier les points de vue.

Ou encore, s’il s’agissait de réelles productions collaboratives, où le partage et l’échange entre les membres permettaient d’arriver à une identité commune, nous nous rapprocherions de l’idée de blog collaboratif (de l’artisanat à grande échelle en quelques sortes).

 

Le risque étant à long terme d’être hors contexte et de voir diffuser des contenus « formatés » (industriels en somme) où l’identité de l’auteur (ce qui fait la force d’un blog) se perd peu à peu…

 

 

 

Tout ça pour dire quoi ?!

 

 

Tout ça pour dire, au final, qu’il n’y a sûrement pas de « noblesse du blog » (peut être même pas d’état d’esprit ?) mais que, très pragmatiquement, il est toujours bien d’appeler « un chat, un chat ».

 

Je suis plus en adéquation avec, par exemple, la plateforme My Community Manager qui se présente comme « un site corporatif » essayant de réunir des productions de blogueurs déjà affirmés autours d’une même thématique (large et floue cependant) : le community management. Le « risque » étant là encore une fois de voir apparaître peu à peu des contenus décontextualisés, à l’identité peu affirmée…

 

D’où cette question simple : pourquoi risquer d’uniformiser, là où l’agrégation de contenus est un bon moyen de regrouper et partager plus largement ?

 

 

 

Et au niveau de la gestion de la réputation en ligne ?

 

Si l’on parle de votre marque, produit ou service sur ce type de plateforme, questionnez vous bien sur son positionnement en tant que « contenu de blogueur »… Les lecteurs viennent-ils chercher un angle d’analyse personnel et artisanal (avec tout le côté affectif et identitaire) ? Ou juste une information traitée par un blogueur dans un contexte « neutre » (se rapprochant ainsi de l’idée de journalisme, où l’auteur est souvent moins important à prendre en compte que l’information et l’article en eux-mêmes) ?

 

De plus, qu’elle est l’influence que la société détentrice de la plateforme peut avoir sur les opinions exprimés ? D’ailleurs, ces plateformes proposant généralement du contenu purement informatif et descriptif, y a-t-il un intérêt réel à y rechercher des opinions affirmées ?

 

Ce petit billet part d’ailleurs d’une simple interrogation lors d’un travail de veille : comment qualifier certaines plateformes qui s’auto-dénomment « blogs », là où au final il s’agit plus de plateformes de diffusion de contenus écrits par des blogueurs.

 

 

 

En bonus : bloguez pour 15 par billets !


 

Wikio lance  Wikio Experts qui, selon ZDNet, permettra à des auteurs de produire des billets payés entre 5 et 15€, et qui seront susceptibles d’être revendus à des sites plus généralistes comme TF1 par exemple.

 

Comme le souligne ZDNet, le billet « devra répondre à un certain nombre de critères (nombre de mots, occurrences, mots clés répétés...) ». Autrement dit, être formaté pour entrer dans les cases (dans les rayons en somme) afin d’être plus facilement évaluable donc monnayable…

 

Au-delà de la question sur « faut-il rémunérer les blogueurs ?» (chacun faisant ce qu’il veut de son expertise ou de ses productions), cette approche soulève quelques points intéressant présentés en partie ici :

 

==> Le blogueur peut vite se transformer en pigiste du web (sans aspect péjoratif pour autant)

==> Pour entrer dans un cadre éditorial proche du journalisme, il faut formater (blogue t-on toujours ?)

==> L’écriture numérique sur les blogs s’affirme de plus en plus comme un style à part entière

 

Mais au fait, y a-t-il vraiment un style d’écriture de blog, ou un esprit bloguesque ?!...

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Published by Camille A - dans Rayon Etonnement
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commentaires

Jeremy Benmoussa 15/12/2010 23:43


Camille, IRL avec plaisir.
Locita est un projet participatif, mais de plus en plus collaboratif. De plus en plus de sujets (ou de séries) sont réalisés en collaboration par plusieurs contributeurs et à leur initiative.
Bref, comme tu dis, on chipote :)

Si tu veux une petite idée des coulisses : http://fr.locita.com/actualite/500e-article-sur-locita-confessions-intimes-des-contributeurs/
Fait "à la maison", mais assez représentatif de l'ambiance entre nous :)


Aurélien Amacker 15/12/2010 23:34


Vu que les articles sponsorisés rémunèrent entre 25 et 100 euros par article (avec texte fourni pour s'en inspirer), je vois mal comment des blogueurs vont rédiger des articles pour Wikio pour
entre 5 et 15 euros par article. Surtout que des boites off-shores qui font du contenu pas cher ça se trouve, enfin bon on verra bien !


Jeremy Benmoussa 12/12/2010 13:07


Bonjour,

je suis Jeremy Benmoussa, fondateur de Locita. A la lecture de l'article, je voulais apporter quelques rapides précisions sur les coulisses de Locita.com.

1/
Bien que Wikio ou Google nous qualifie de blog, nous nous présentions plutôt comme un webzine.
Nous ne sommes pas non plus une plateforme multi-blogueurs. Nous n'avons pas tenté de regrouper des blogueur, mais des expertises. Les contributeurs sont des entrepreneurs, enseignants, juristes,
experts … et (uniquement) parfois blogueurs.

2/
Je suis convaincu que l'écriture sur les blogs est un style à part entière. On écrit pas sur un blog comme pour la presse.

3/
Evolys, société que je dirige, n'est en rien impliquée dans les contenus de Locita. Evolys apporte ses compétences techniques à Locita.

4/
Le rythme de publication est un accord moral avec les contributeurs.
Les contributeurs ont pleinement le choix de leurs sujets tant qu'ils respectent la ligne éditoriale et le ton défini.
Ceux-ci sont d'ailleurs le fruit d'un travail collaboratif avec les contributeurs du début.
Nous proposons également aux contributeurs des sujets en fonction des communiqués de presse que nous recevons. Libre à eux de traiter un sujet ou non.

5/
Je comprends tout à fait la réflexion sur l'industrialisation et le manque de contexte personnel, mais comme le dit l'article, c'est un choix de notre part pour que Locita soit homogène et
professionnel. C'est effectivement différent d'écrire pour Locita que pour son propre blog.

6/
En revanche, je ne pense pas que l'identité de l'auteur se perde. Chacun a son style d'écriture, est libre de partager son point de vue et certains ne s'en privent pas pour lancer les débats.

7/
L'exemple de mettre MyCommunityManager en opposition à Locita.
Non seulement j'ai accepté d'y participer, mais j'ai également conseillé Djivan (fondateur de MyCommunityManager) dans sa façon d'appréender son projet. Le fonctionnement est exactement celui que
nous avions mis en place sur Locita.
L'image renvoyée est peut-être différente, pourtant, les différences sont plus que minimes.

8/
"pourquoi risquer d’uniformiser, là où l’agrégation de contenus est un bon moyen de regrouper et partager plus largement ?"
On uniformise pas. On collabore.

9/
"qu’elle est l’influence que la société détentrice de la plateforme peut avoir sur les opinions exprimés ?"
Aucun.

J'espère qu'après la lecture de ce commentaire, ces précisions vous auront été utiles.

Bonne journée,
Jeremy Benmoussa


Camille A 12/12/2010 20:16



Bonjour Jeremy,


 


Merci pour ce commentaire et ces précisions


D'accord sur l'idée de "webzine".


 


Comme vous le précisez, "Les contributeurs ont pleinement le choix de leurs sujets tant qu'ils respectent la ligne éditoriale et le ton défini", c'est là que (je trouve) "l'identité" de l'auteur
risque de se perdre un peu dans ses productions sur Locita (mais c'est effectivement à observer sur le long terme).


 


Pour MycommunityManager je soulignais surtout qu'ils s'étaient fixé un objectif éditorial plus "strict" : le community management (et ne sont pas à ma connaissance dénomés comme "blog). Après
effectivement, vos 2 projets se ressemblent (et au niveau qualitatif aussi ).


 


Et sur la notion de collaboration, nous pourrions rentrer dans un débat sur la notion de partage et de vision commune nécessaire à la mise en place d'un processus collaboratif, notion souvent
confondue avec l'apporche "gestion de projets" (on définit un objectif, on facilite les actions des autres participants au projet, l'ensemble des parties prenantes faisant confiance aux
compétences des autres pour arriver à bon terme).


Bref, participatif VS collaboratif (mais je chipote là)!


 


En tout cas, merci encore pour ces précisions, bravo pour ce projet et ses productions, et au plaisir d'en discuter prochainement IRL !



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