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Rayon Recherches & Reflexions

Samedi 1 décembre 2012 6 01 /12 /Déc /2012 17:40

MesureSur le web la plupart des professionnels ou outils cherchent l’influence : des contenus, des internautes… Mais l’intégration progressive des attributs de l’identité numérique des internautes dans la hiérarchisation des informations produites sur les plates-formes web amène à ne plus que questionner en termes d’influence mais d’autorité.

 

 

Vous l’avez surement remarqué, mais Google intègre de plus en plus (grâce notamment à Google+) l’identité des auteurs des contenus qu’il vous renvoi dans ses  pages de résultats :


Autorite.jpg


Sans pour autant être connecté à Google+.  Et ce n’est que le début, car l’un des développements les plus intéressant du web cette année apparait comme l’intégration de l’AuthorRank par Google (annoncé d’ailleurs dès 2011, mais déployé vraiment en 2012).


Cette focalisation sur l’auteur plutôt que sur le contenu n’est pas neuve en soi : comme le précise Oliver Ertzscheid, le PageRank a toujours mesuré des auteurs plus que des pages. Dans son billet, il précise ensuite que plus que « l’influence », c’est de l’autorité de l’auteur qu’il est question. De plus, et comme je le signale régulièrement : l’influence est subjective et son acceptation sur le web est synonyme d’audience/médiatisation/diffusion, et non pas « d’influence sociale ».


Alors en quoi cette intégration des attributs de l’identité numérique d’un auteur de contenu participe-t-elle au développement de cette autorité ? Pourquoi définir l’autorité répond mieux à certaines stratégies que « mesurer l’influence » ? Voici quelques réflexions sur le sujet…


 

La quête de "l’influence" : un défi insurmontable ?


Influence, influencé, influenceurs… Les mesures de l’influence sur le web proposées par les professionnels sont nombreuses : quantitatives ou qualitatives elles reposent nécessairement sur ce que les plates-formes veulent bien donner. Comme le soulignent Boullier et Lohard dans leur ouvrage « Opinion minning et sentiment analysis » (accessible intégralement en ligne) influencer répond à plusieurs mécanismes : attirer l’attention, attirer de l’audience, susciter la conversation, orienter la discussion ou encore faciliter la circulation d’une expression ou d’un contenu.


Mais dans tous les cas, des limites apparaissent vites : les indicateurs fournis par les plates-formes sont rarement à la même échelle, ces indicateurs varient constamment, les algorithmes qui les traitent aussi (comme Google, ses pandas et autres pingouins), ils sont rarement prédictifs et prennent de la valeur après l’action effectuée. Mais surtout, l’influence est une construction, c’est pour cela que l’on parle « d’indicateurs » : on s’oriente par rapport à la supposition que tel ou tel individu va répondre à des objectifs que l’on s’est fixé (si l’on veut s’appuyer sur cette dite influence), en fonction de ses propres référents ou attentes.


Pourtant, le « standard de l’influence » qu’est Klout a le vent en poupe. Au-delà de l’estime de soi qu’il permet (« t’as vu mon Klout ») il me semble qu’il répond à une question essentielle : comment « commensurer » (soit traduire des indicateurs qualitatifs en mesures quantitatives) l’activité d’un internaute sur le web ? Et ce à partir certes de son activité (volume et types d’échanges par exemple), mais aussi des attributs de son identité numérique.


L’identité numérique peut être abordée schématiquement comme le regroupement de trois types d’identités en ligne : l’identité déclarative (les informations que je mets en ligne), l’identité agissante (ce que je fais, mon activité) et l’identité calculée (ce que les plates-formes produisent à partir des deux premières). Klout joue moins sur l’identité agissante (qui est peu pérenne et difficile à computer) que sur la redocumentarisation (le calcul et la mise en contexte schématiquement) de l’identité calculée. Ce faisant, il produit des indicateurs réputationnels : la réputation est un calcul qui, pour les économistes notamment, est facteur de confiance dans les relations. Klout génère alors des « marqueurs » de réputation qui font favoriser ou non les relations que l’on aura avec l’entité évaluée (spécialement pour les entreprises qui cherchent de « l’influence », mais surtout des relais venant rendre crédibles leurs discours).  Klout (et consorts) est donc moins un marqueur d’influence que d’autorité, et spécifiquement d’autorité réputationnelle donc.


Mais là où l’AuthorRank va plus loin, c’est en produisant des classements à partir de l’ensemble des attributs identitaires en ligne d’un internaute : les informations qu’il met à disposition sur lui, son agir, sa notoriété, sa position dans un réseau ou un groupe, les indicateurs déjà produits à son encontre, etc. Ce faisant, il structure le web à partir de l’autorité des internautes, et en particulier à partir du calcul de leurs identités numériques et des différents attributs qui les composent.


L’ensemble des critères qu’il prend en compte se retrouvent alors en partie dans le concept d’autorité informationnelle…

 

 

De l’autorité informationnelle à l’autorité réputationnelle ?


Plusieurs types d’autorités existent. L’influence est par exemple à rapprocher de l’autorité cognitive : elle repose sur l’influence de pensée entre deux individus (qui influence qui ?), et s’appuie là-aussi sur la crédibilité et la réputation (comme Klout donc en partie).


La chercheuse Evelyn Broudoux, pour pallier notamment à cette seule notion d’autorité cognitive, propose le concept d’autorité informationnelle. L’idée est ici de se focaliser non pas sur la manière dont un individu va influer sur le comportement d’un autre individu, mais sur le processus qui va permettre de mettre en forme (in-former) pour renseigner quelqu’un sur quelque chose.


Force est de constater que l’intégration de l’identité numérique des auteurs aux résultats des moteurs de recherche vient répondre à cette volonté de « renseigner sur » et de mettre en forme : si vous devez choisir cette information, c’est parce que le processus qui l’a mis en visibilité repose sur une sélection d’attributs identitaires significatif de plusieurs types d’autorités constitutives de l’autorité informationnelle. Soit, selon Broudoux (et remixé pourle web) :


==> L’autorité énonciative : la notoriété ou encore l’expertise telles qu’elles sont couramment mesurées sur le web ;


==>  L’autorité institutionnelle, que l’on peut transposer aux règles de fonctionnement des plates-formes (qui est administrateur, modérateur, qui a le droit de faire quoi et autres CGU). Comme Google qui va édicter ce qu’il est bon de faire ou non en termes de référencement sur sa plate-forme ;


==>  L’autorité du support : sur le web nous pouvons alors parler de popularité (d’un blog par exemple, avec les critères classiques mettant au centre les liens entrants) ;


==>  L’autorité du groupe, soit la place de l’auteur dans les réseaux ou communautés dans lesquelles il évolue (les « cercles » pour Google par exemple).


Si nous rajoutons à cela l’autorité issue des différents calculs de l’identité numérique des internautes, nous pouvons alors parler d’autorité réputationnelle : elle vient donner forme sur le web à l’ensemble des opinions et informations portant sur une entreprise (un individu ou un fait) en les structurant, leur donne du sens (pour la communauté qui les produits) et en permet de les hiérarchiser.

 

 

Et concrètement pour la gestion de l'e-réputation ?

 

Comme je l’expliquais à l’ISCC, l’e-réputation est plus un ensemble d’attributs (d’indicateurs) attachés à la présence numérique d’une organisation, qu’une image ou une perception (de manière très rationnelle). Le fait que des plates-formes comme Google s’appuient sur l’autorité réputationnelle des internautes pour produire des classements de contenus doit alors questionner les entreprises : en quoi l’autorité d’un internaute qui prescrit mon contenu ou le discute vient renforcer ou non ma propre autorité ? Car c’est de cette autorité qu’acquerra l’entreprise par sa présence que dépendra sa capacité à gérer son e-réputation : pour faciliter la prescription de contenus, pour les médiatiser, pour les rendre crédible, pour favoriser les relations avec son public (but premier d’une « bonne réputation »).


Plus que mesurer la possible capacité d’un internaute à médiatiser du contenu (ce que l’on entend donc généralement par « influence ») ou à générer de l’audience, il me semble que les entreprises ont tout à gagner à reformuler cette question, et à se poser la suivante : en quoi l’autorité réputationnelle d’un internaute va participer à la structuration de ma présence en ligne ? Ainsi que nous l’avons vu, cette autorité de l’internaute participe à la structuration du web globalement (ou tout du moins de l’information sur certaines plates-formes). Si l’influence consiste à capter l’attention des internautes, les indicateurs réputationnels signes d’une autorité vont permettre à l’entreprise d’orienter l’attention des internautes : en structurant son environnement informationnel (ce qu’elle produit) par l’appui de l’identité numérique des internautes (et de l’autorité qui s’en dégage), l’entreprise va orienter l’attention des internautes vers ce qu’elle veut leur faire voir (ou pas).


Qui plus est dans un web de plus en plus « en bulles » où la visibilité des contenus est segmentée en fonction des diverses « liaisons numériques » qui unissent les internautes. L’entreprise va alors devoir évaluer la manière dont les diverses autorités qui forment l’autorité réputationnelle de l’internaute lui permettent de participer à la hiérarchisation des contenus sur le web. Car en utilisant l’identité numérique d’un internaute comme facteur de pondération des résultats, les plates-formes produisent du sens : elles remettent en contexte l’information concernant l’entreprise. Et in fine son identité (pour ne pas parler « d’image » qui est propre aux perceptions de chacun).


Pragmatiquement, des plates-formes comme Aliaz donnent une vue d’ensemble de la présence d’un internaute. Il devient alors plus aisé de s’interroger, et surtout d’observer : sa notoriété (volume de citations par exemple), la manière dont il répond aux règles des plates-formes, la popularité des supports sur lesquels il s’exprime, son positionnement dans une ou plusieurs communauté (analyse des réseaux), ainsi que les attributs identitaires qui vont participer à différents calculs (son volume de followers, de like, etc.).


L’entreprise doit alors analyser : la façon dont ces différents critères sont intégrés et « computés » par les algorithmes des plates-formes. Et surtout (puisque ces algorithmes fonctionnent en « boite noire » et changent constamment) le sens, c’est-à-dire la mise en contexte, que ces critères et attributs identitaires donnent aux informations diffusées : crédibilité, expertise, confiance, etc.


Au final, cette question de la place de l’identité numérique et des nouvelles formes d’autorités qui en découlent mériterait un très large développement (ce que je suis en train de faire mais pas sur ce blog ). J’essaierai de revenir un peu plus tard sur des éléments plus pratiques d’évaluation. Ce que j’essayais surtout de dire ici peut se résumer ainsi : l’influence comme capacité de diffusion à moins d’importance pour la gestion de son e-réputation que l’autorité comme structuration et mise en contexte des informations. Autorité de plus en plus dépendante de l’identité numérique des internautes…

 

Et vous, comment intégrez-vous ces modifications ? Quelle place donnez-vous à l'autorité des internautes dans vos stratégies, et comment l'identifiez-vous ?!

Par Camille A - Publié dans : Rayon Recherches & Reflexions - Communauté : NTIC : Nouvelles technologies
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Jeudi 6 septembre 2012 4 06 /09 /Sep /2012 12:43

Gerer-e-reputation.png Si certains proposent même de la « maitriser », il peut sembler de prime abord que « gérer » une perception et une forme d’évaluation souvent irrationnelle est difficilement faisable. Qui plus est lorsque l’on souhaite industrialiser cette gestion, au risque de passer à côté de nombreuses subtilités en privilégiant une approche court-termiste.

 

Gérer quelque chose c’est le diriger dans le sens que l’on souhaite lui donner, avec une certaine souplesse (sinon on retombe dans l’idée de maitrise). Sur le web, l’on peut généralement gérer ses propres flux d’informations mais rarement ce que les autres en feront (les exemples de débordements sur des pages Facebook sont légions).


Ceci étant, il est intéressant de voir les éléments constitutifs de la réputation en ligne, avant de se questionner sur ce qu’une entreprise peut « gérer » ou non :


==> L’e-réputation est une forme d’évaluation : elle est nécessaire, par exemple, pour des choix rationnels, comme faire confiance à un prestataire, entrer en contact avec untel, dialoguer avec un autre, etc. Cette évaluation est de plus sur le web clairement visible à grande échelle : volume de contacts sur un réseau, de recommandations, de notes, etc.


==> L’e-réputation est une somme d’opinions : qui ne permettent pas alors de la définir globalement, et qui reposent soit sur des éléments factuels (expérience, informations), soit sur des jugements parfois plus irrationnels


==> L’e-réputation est une perception et/ou un ensemble de sentiments face à une entité ou une situation : et là, difficile d’une part d’évaluer le traitement cognitif qui sera fait d’une information par exemple. Et d’autre part de définir ou mesurer les dits sentiments.

 

La réputation relève donc à la fois du rationnel (ce qui est gérable sur le web : mettre en avant des éléments que l’on souhaite voir évaluer) et de l’irrationnel (que l’on peut influencer, mais en aucun cas diriger vers un but bien défini).


 

Gérer l’e-réputation ce n’est pas faire (que) du CRM


Généralement, une entreprise lance son produit sur le web, produit un discours, puis va par la suite corriger ou répondre ce qui lui semble négatif ou n’allant pas dans le sens des objectifs qu’elle s’est fixée. Seulement voilà : une fois que le public cible a engrangé une information, a établi une évaluation sur les actions d’une entreprise, difficile de revenir en arrière. La base des perceptions et des sentiments est posée, le simple fait de dialoguer ne changera pas la réputation en profondeur.


La relation cliente est certes importante, si l’on veut par exemple avoir la réputation « d’être à l’écoute »… Mais nous n’avons pas une seule réputation, une entreprise ne peut compter que sur sa capacité à corriger ses erreurs ou à les reconnaitre (voire à en rire, comme la RATP récemment).


Si l’on vous juge sur vos actes et ce que l’on en dit par la suite, alors autant prévoir un tant soit peu la manière dont ceux-ci seront jugés/évalués. Notamment en prenant en compte le contexte dans lequel vous souhaitez vous exprimer avant même de produire un discours ou de lancer une action. Dans tous les cas, dialoguer est une bonne chose, mais cela n’empêchera ni les rumeurs (aspect irrationnel), ni le fait que les traces laissées dans la mémoire de votre public jouera fortement (ou non, on ne peut le savoir) par la suite dans la relation qu’ils auront avec l’entreprise.


De plus, l’e-réputation n’est pas que du SEO… Si effectivement, éviter de rendre visible certaines opinions défavorables aux objectifs de l’entreprise permet d’empêcher que celles-ci continuent à se propager dans le temps, les récentes modifications des moteurs et de la mise en visibilité des contenus en fonction des préférences de chacun rend de plus en plus complexe cette gestion. Car, alors, il devient impossible de penser en termes de gestion globale, mais seulement en termes de contexte.


 

L’e-réputation n’est pas globale et évolue dans le temps


Comme je le disais il n’y a pas longtemps : l’e-réputation globale n’existe pas. Elle est fonction des communautés, de la manière de l’analyser, etc. Ceci étant, il apparait donc impossible de gérer l’e-réputation de manière globale avec des processus (efficaces) reproductibles ! Qui plus est sur le web où la multiplicité des plates-formes et des communautés rend la définition d’une image unique quasi-impossible et surtout vide de sens : vous n’avez pas un public, vous êtes face à un ensemble d’individus aux perceptions, attentes et comportements hétérogènes.


De même, le contexte numérique  dans lequel une entreprise va évoluer est mouvant. Il change en fonction des évolutions technologiques et d’usages, de ce que font les autres entreprises, des événements qui se déroulent… Cette prise en compte est par exemple nécessaire pour l’analyse des sentiments ou du sens donné à une opinion.


Vouloir gérer son e-réputation suppose donc de prendre en compte ces différents contextes (qui peuvent être très nombreux pour une marque à forte notoriété), et de proposer des actions en adéquation avec chacune d’entre eux. Tout en gardant à l’esprit que l’ensemble de ces actions doivent rester cohérentes entres-elles… Ce qui ne rend pas la chose impossible, mais très complexe.

 

 

Gérer des opinions : non… Mais les influencer ?


Bien évidemment vous ne pouvez pas dire à quelqu’un ce qu’il doit penser, ou ce qu’il doit dire (certains essayent pourtant avec des actions en justice, mais c’est un autre débat). Comme vous ne pouvez pas être dans sa tête pour savoir ce qu’il pense.


Il est cependant possible, après une observation attentive et sur une durée assez longue, d’essayer de prévoir la réaction d’un groupe face à une information ou un événement. De comprendre, par exemple, que proposer des biberons en plastique non-recyclables à une communauté de mamans écolos risque d’engendrer des opinions peut plaisantes. Que celles-ci rendront visible ces opinions, pas forcément à l’ensemble des internautes, mais tout du moins à un public réceptif à ce genre de problématique.


Mais, dans tous les cas, l’humain est ainsi fait : ce n’est pas une machine. Et malgré les méthodes statistiques toujours plus poussées, les Big Data toujours plus Big, la visualisation de millions et de millions d’interactions, vous ne pourrez pas prévoir (et encore moins gérer) dans l’absolu ce que l’on fera de vos informations, et la manière dont on évaluera vos actions.


Ceci étant, s’il parait complexe voire impossible donc de diriger une perception, il est possible d’influer sur elle. D’identifier celles ou ceux qui peuvent médiatiser un message. De dialoguer avec les détenteurs d’une expertise visible et légitime. De focaliser l’attention sur certains points et pas sur d’autres, de jouer sur les indicateurs numériques de l’e-réputation (s’ils sont compris et acceptés par tous), etc. De nombreuses méthodes existent, mais elles ont pour point commun d’être ponctuelles et de nécessiter d’être continuellement renouvelées. Bref, si les stratégies d’influence peuvent être efficaces pour bâtir ou maintenir son e-réputation, elles ne sont jamais pour autant pérennes. Là où la gestion suppose une idée de temps long…

 

 

Doit-on industrialiser la gestion de l’e-réputation ?


Au vu des rapides constats posés ci-dessus, on pourrait se questionner sur la possibilité « d’industrialiser » la gestion de l’e-réputation, de développer des processus efficaces à chaque fois ou encore pérenne dans le temps. Après avoir posé certains de ces constats lors de l’ErepDay, la question m’a été posée : « effectivement, l’e-réputation, sa mesure et sa gestion, sont complexes. Mais comment les industrialiser ? ».


Après réflexions (les vacances aidant )  je me dis que le « problème » est peut-être là : ne faudrait-il pas rester à une gestion artisanale de l’e-réputation ? Autrement dit, par exemple pour une grande entreprise, laisser chaque service agir sur ce qui lui semble nécessaire, en fonction de ses connaissances du sujet, de ses objectifs, et de ses capacités d’actions ? Avec bien entendu une vision globale (et pas globalisante) et concertée des résultats à obtenir, mais tout en laissant une certaine souplesse d’action afin de s’adapter constamment et ne pas répéter des actions parfois vides de sens.


Car aujourd’hui, oui, l’e-réputation est une industrie. Avec une vision à court terme, laissant supposée que sa possible gestion va générer des résultats immédiats en termes de business… Et, pour appuyer cette approche, il est d’ailleurs intéressant de voir que certains professionnels du métier développent une vraie idéologie derrière ce concept, tentent (volontairement ou non) de normaliser des pratiques souvent contestables.


Hormis pour la gestion de crises graves (et donc par définition inattendues), ne faudrait-il pas aborder la gestion de l’e-réputation sur le long terme, par touches successives, par le développement d’une certaine confiance avec les publics de l’entreprise ? S’appuyer sur le CRM et le SEO (entre autre) pour générer du business à court ou moyen terme, mais rester dans une approche « sur mesure » en fonction des communautés, des plates-formes, des attentes, des besoins, des possibilités, etc.

 


Au final…


Gérer des perceptions, influer sur des opinions, développer des indicateurs, est une chose complexe. Cela n’est pas impossible mais demande d’aller plus loin que de simples actions visant à gérer l’urgence, ou à l’inverse, de la mise en place de processus quasi-immuables.


Ces quelques constats et réflexions ont déjà été posés (en partie) ici ou ailleurs. Pour la rentrée (enfin la mienne) il me semblait intéressant de les poser encore une fois, et de (vous) questionner : la gestion actuelle qui est faite de l’e-réputation ne doit-elle pas encore évoluer ? Doit-on forcément reproduire des approches industrielles pourtant tant critiquées dans les médias dits traditionnels, et dont le peu de recul dont nous disposons (sur le web) montre déjà une partie de leur inefficacité ?


En résumé, ne plus se projeter sur le court terme pour développer ou gérer un capital de plus en plus essentiel pour les entreprises et qui, quoi qu’il arrive, les accompagnera toute leur existence.

 

Et vous, pensez-vous que l’on puisse réellement « gérer » l’e-réputation ? Quelle(s) approche(s) vous semblent aujourd’hui les plus appropriées ?!

 

Source de l'image : http://playnetcube.fr

Par Camille A - Publié dans : Rayon Recherches & Reflexions - Communauté : NTIC : Nouvelles technologies
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Jeudi 28 juin 2012 4 28 /06 /Juin /2012 15:55

Hier j’étais à l’ISCC pour le séminaire sur les identités numériques organisé par Alexandre Coutant et Thomas Stenger. Après une présentation de Christophe Benavent sur les données personnelles, j’ai présenté quelques réflexions issues de mon travail de recherche. Voici donc la présentation.

 

A noter que cette présentation s’inspire sur certains aspects de celle effectuée à l’Erepday, ainsi que du travail de définition effectué avec Julien Pierre (présentation ici, et article bientôt en ligne sur HAL si tout se passe bien et vite). Bref, des réflexions qui ne viennent pas de nulle part non plus


Ci-dessous les slides, puis quelques rapides explications :

 

L’e-réputation comme attribut de l’identité numérique des entreprises

 

Pour détailler précisément mes propos, il me faudrait… au moins 400 pages


Je ne vais donc pas revenir sur les réflexions concernant la réputation en général, ou encore l’industrie de l’e-réputation, mais détailler rapidement le rapport avec l’identité numérique des entreprises.


L’idée est la suivante : comme pour les individus, la présence numérique (voire l’identité numérique au sens où elle entendue aujourd’hui) se construit à partir des traces laissées en ligne : celles produites par les entreprises elles-mêmes (profils, discours, contenus, etc.), celles produites par les plates-formes où s’expriment les entreprises, et celles produites par les internautes. Et comme pour les individus, difficile de parler d’une seule identité : en fonction du contexte, du public, l’identité sera multiple.


Ceci étant, l’e-réputation est de mon point de vue une forme d’attribut identitaire : produits par les plates-formes ou par les opinions diffusées par des tiers, ces attributs documentaires visent à servir de marqueurs prescriptifs. Schématiquement : est-ce que les commentaires associés à telle vidéo, le score Klout de tel profil, m’incite à les recommander à d’autres. L’ensemble de ces attributs forment ce que Gloria Origgi nomme un « paysage réputationnel » : pour une entreprise, l’ensemble de ces attributs réputationnels sont de plus en plus visibles et accessibles à tous (like, +1, notes, etc.).


Ces attributs deviennent alors des indicateurs : de la manière dont les internautes évaluent les actions/discours de l’entreprise (afin d’indiquer aux autres ce qu’ils « doivent en penser ») et de la manière dont les plates-formes elles-mêmes évaluent l’agir des entreprises.

L’identité numérique d’une entreprise sera donc contextualisée par ces différents indicateurs, permettant alors à un public d’y retrouver les éléments de contexte nécessaires à sa prise de décision ou d’attitude face à l’entreprise.


L’e-réputation (plutôt ce qu’elle englobe : des indicateurs) devient donc  non-seulement un attribut de l’identité numérique des entreprise, mais aussi un élément nécessaire à sa contextualisation au sein d’un espace « communautaire » ou d’une plate-forme donnée.

Voilà pour ces (très très) rapides explications.


Vous trouverez les tweets associés à ma présentation dans ce document réalisé par Louise Merzeau (et qui, donc, contextualisent/redocumentarisent un peu plus ma présentation :-)). Ce que je retiens des échanges, c’est qu’il est nécessaire de déconstruire l’e-réputation comme objet professionnel (ce que j’avais fait de manière un peu plus détaillée à l’Erepday), afin de vider ce terme de toutes ses idéologies (nettoyage, sentiments, etc.) et repartir en quelque sorte sur des bases réflexives un peu plus « saines »…


Et, au passage, je vous signale l’organisation du premier (?) colloque scientifique français sur l’e-réputation !


Les commentaires vous sont ouverts pour plus de détails

 

Par Camille A - Publié dans : Rayon Recherches & Reflexions - Communauté : NTIC : Nouvelles technologies
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Mardi 5 juin 2012 2 05 /06 /Juin /2012 09:56

Aller-plus-loin001.jpgL’e-réputation est une notion complexe et multiple, pour l’instant principalement abordée par la littérature professionnelle. Lors du congrès 2012 de la SFSIC, Julien Pierre et moi-même avons tenté une approche plus « scientifique » (plutôt épistémologique en fait) et surtout info-communicationnelle de cette notion. Voici donc quelques réflexions pour définir ce concept.

 

Ou plutôt « vers trois définitions », mettant en avant les aspects info-communicationnels liés à ce concept : une de la réputation, une intermédiaire de l’e-réputation (aspect communication) et une dernière regroupant les aspects nous semblant incontournables…

 

 

Pour remettre en contexte notre approche, il faut souligner que :


==> Julien prépare actuellement une thèse sur la vie privée en ligne (identité numérique, et tout ce qui l’accompagne), et moi sur l’e-réputation des organisations (d’où la suite logique : définir une notion que nous emploierons fortement)


==> Nous échangeons depuis un certain temps sur ces thématiques, et l’idée de ce papier nous est venu suite à l’écriture de deux billets produits parallèlement sur les industries de la (e)réputation (ici pour Julien, et pour moi)


==> La thématique du colloque portait sur les débats publiques et l’apport possible des SIC dans ces débats. Notre papier vise donc à définir des pistes d’analyses de l’e-réputation d’un point de vue info-communicationnel, plus que fournir une définition qui se suffit à elle-même. L’idée étant plus d’ouvrir des voies pour nos propres recherches et celles des autres, que de s’accorder sur des définitions immuables


==> La version pré-print de la communication (avant ajout dans les actes du colloques et quelques modifications) se trouve sur HAL, et elle est intitulée Construire un cadre d’analyse avec les SIC pour comprendre les pratiques et les enjeux de la réputation en ligne (des individus et des organisations) 


==> Ci-dessous vous trouverez la version diapositives, qui est issue d’un Prezi que je vous invite à consulter si vous aimez les images qui bougent

 

 

Enfin, voici la présentation, que je vais rapidement détailler par la suite (en présentant le détail des principales définitions). Pour une analyse plus exhaustive et commentée de notre présentation, je vous invite à aller lire le billet publié par Julien : De quoi la réputation est-​elle le nom ?

 

Bonne lecture (et quelques explications ci-dessous)!

 

 

Vers une définition scientifique de l'e-réputation

 

 


Première approche : la réputation


 

La réputation est une évaluation affectivement, cognitivement et socialement construite d’une herméneutique de l’être et de l’agir et déterminant pour partie l’engagement des acteurs sociaux dans une relation avec l’entité à laquelle cette information est attachée.


 

Cette première définition de la réputation (non numérique) vise à souligner certains aspects inhérents à son étude. La réputation est en effet un construit reposant sur des aspects :

 

==> Affectifs : la réputation fait appel à des éléments biographiques. En fonction de sa propre expérience, chacun réagira différemment devant les  actes d’une entité (individu ou organisation)


==> Cognitifs : la réputation est une perception construite par des informations concernant une entité et ses actions. Informations dont le traitement sera là-aussi propre à chaque individu


==> Sociaux : la réputation est un construit social


==> Herméneutiques : pour « générer » une réputation, il faut pouvoir interpréter les actes et dires d’une entité


==> D’engagement : la réputation est un facteur relationnel. Par exemple : pour acheter un produit, je me baserai sur la réputation du vendeur ou de l’entreprise.

 

 

 

Définition intermédiaire : l’e-réputation comme relation


 

L’e-réputation est un acte de communication intentionnel porté par des internautes dans un contexte numérique, acte pour lequel ils sont à la fois producteur et consommateur de cette observation, et qui permet par la mise en relation de connaissances préalables et expérientielles la construction d’indicateurs.      

 

Cette deuxième définition vise principalement à soulever les aspects communicationnels liés à l’e-réputation :


==> L’e-réputation est un acte de communication (échange d’informations entre deux individus, avec une médiation algorithmique liée aux outils utilisés)…qui repose sur une intention évaluative : « je m’exprime à propos de l’entité car j’ai pour intention de l’évaluer ». Il sera donc intéressant par la suite d’essayer de définir quelle est cette intention, sous quelle forme elle s’exprime, etc.


==> Pour analyse l’e-réputation, pour interpréter le sens donné à un message, il parait essentiel de prendre en compte le contexte (plate-forme, algorithme, etc.). Ce qui, d’ailleurs, justifie en partie le « e » accolé à réputation


==> L’e-réputation repose sur la mise en relation de connaissances issues de l’expérience (« j’évalue X de tel manière car je connais certains de ces agissements ou des actes similaires »)


==> L’e-réputation amène la construction d’indicateurs, le web en regorgeant : Klout, Like, Tweets, Etoiles, Notes, etc, etc.

 

 

Définition finale (mais pas définitive) de l’e-réputationsic

 

L’e-réputation procède d’une redocumentarisation itérative automatisée ou endogène des interprétations et connaissances produites en ligne par les individus ou les organisations,  forgeant un attribut identitaire servant de marqueur prescriptif destiné à cadrer dans un contexte asynchrone et atopique les formes d’engagement ultérieures, et facilitée par les fonctionnalités techniques des sites web où elle opère une informatisation du microsocial au profit et avec les moyens de la logique marchande.

 

 

Enfin, nous avons choisis d’aborder l’e-réputation comme une forme de rationalisation de nos actes en ligne. Rationalité (toute limitée) permettant selon nous une forme de gestion de celle-ci, et ayant tout du moins permis le développement de ces « industries de la (e)réputation » (agences, outils, etc.). Car :


==> Etudier l’e-réputation c’est définir la manière dont les documents numériques qui supportent l’expression des individus sont modifiés/re-agencés/contextualisés au fil de leurs disséminations… Bref, « redocumentariser », que cela soit fait automatiquement par des plates-formes (les boutons de partage par exemple), ou manuellement par les internautes (ajout de métadonnées, de commentaires, de #, etc.).


==> Analyser l’e-réputation c’est considérer que ces connaissances produites viennent (par le biais d’indicateurs donc, mais pas que) s’attacher à « l’identité » de l’individu/organisation. Et que l’on ne peut donc définir cette identité sans prendre en compte ses attributs réputationnels

 

==> Observer un phénomène d’e-réputation ne peut se passer de l’appréhension et l’analyse des fonctionnalités techniques proposées par les plates-formes web où l’on s’exprime (comme le rôle des API)


==> Enfin, l’e-réputation repose sur une traduction des usages sociaux en chiffres… Traduction permettant alors à une véritable industrie du ranking de se développer. Industrie qui, ici encore, parait nécessaire à intégrer dans son approche de l’e-réputation.

 

 

Au final…

 

3 ans après la proposition d’une définition collective et professionnelle de l’e-réputation, voici une approche plus théorique et « scientifique » (je mets des guillemets car l’on peut au passage s’interroger sur cette notion –est-ce dû au statut des auteurs ? de la publication ? des mises en relief épistémologiques ?).


Approche qui, rappelons-le encore une fois, vise surtout à donner d’une part des pistes d’études d’un point de vue info-comm. Et d’autre part montrer qu’au-delà du buzzword l’e-réputation est une notion méritant une approche plus approfondie pour devenir un concept à part entière. Concept dont, pour ma part, je ne doute pas de l’intérêt tant son usage courant montre qu’il nécessite une analyse plus distanciée et moins commerciale…

 

Les questions/débats vous sont ouverts !!!

 

Par Camille A - Publié dans : Rayon Recherches & Reflexions - Communauté : NTIC : Nouvelles technologies
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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 14:54

Reputation-globale.jpg Il est courant de lire : « cette entreprise a bonne ou mauvaise (e)réputation ». Proposant ainsi implicitement qu’il n’y aurait qu‘une réputation, unique et globale, une sorte de consensus entre les opinions exprimées. Mais si l’opinion publique n’existe pas, peut-il y avoir une (e)réputation globale ?

 

 

 

 

 

 

 

Petites réflexions aujourd’hui provenant tout d’abord d’un étonnement : cette idée que l’e-réputation résulte « d’opinions communes », de la simple répétition d’avis similaires (positifs ou négatifs, si cela a un sens). Que, si 50 internautes disent qu’ils n’aiment pas le produit de l’entreprise Y, alors celui-ci a mauvaise réputation, voire certaines extrapolation que l’on lit parfois : « il ne se vendra pas », « il faut absolument agir », etc.


D’autre part, les réflexions qui suivent me sont venues aussi de la relecture du texte de Pierre Bourdieu l’opinion publique n’existe pas.


Partant du simple principe que, par définition, la réputation est « l’opinion favorable ou défavorable attachée à quelqu'un ou à quelque chose », je vous propose ici une forme de relecture du texte de Bourdieu appliqué à la (e)réputation. L’idée étant donc de souligner que les sondages d’opinions ressemblent parfois à certaines études sur l’e-réputation, et que si cette (e)réputation est (très schématiquement) formée par les opinions qui sont exprimées et publicisées en lignes, alors l’analyse de celles-ci peut tomber dans les mêmes biais… Car, ne l’oublions pas, analyser l’e-réputation d’une entreprise, c’est la construire puisque celle-ci « n’existe pas » à proprement parler (tout dépend du regard que l’on porte sur les informations présentes en ligne).

 

Voici donc des extraits de la communication de Bourdieu, suivis de quelques réflexions et extrapolations (que je n’espère pas trop capilotractées) sur ce que celle-ci nous apprend sur l’analyse de l’e-réputation.


 

La réputation comme méta-opinion ?

 

Pour introduire ces petites réflexions/relectures, soulignons d’abord que l’e-réputation en elle-même n’existe pas : si la réputation d’une entreprise peut se former par les informations/échanges/opinions/évaluations diffusés en ligne, ce n’est pas pour autant que cette réputation est purement numérique. L’avis que je porterais sur telle entreprise, sur ses actions qu’elles développent en ligne, sera fortement impacté par ce que je lis sur le web, mais pas que (médias hors-web, échanges interpersonnels, vécus, connaissances sur des thématiques ou entreprises similaires, etc.).


Parler d’e-réputation revient donc à souligner deux aspects : cette réputation est en partie (et en partie seulement) formée par des informations en ligne ; l’analyse de ces informations et leur interprétation sont fortement dépendantes du contexte web (d’où le « e » de mon point de vue).

 

Ceci étant dit, il est commun d’appréhender la réputation comme une accumulation d’images. Certains auteurs de référence comme Fombrun, soulignant même que ces images ne se valent pas toutes, et qu’elles sont fortement dépendantes des parties prenantes les communiquant.


Cependant, il me semble raisonnable de penser que ces images se « construisent » à partir des opinions diffusées à propos de l’objet auquel on attache une réputation. La réputation devenant alors une forme de « méta-opinion » : une opinion sur les opinions, c’est à dire un jugement que l’on porte sur le jugement des autres. Et ce, afin de l’intégrer à ses propres schèmes de penser ou non, à s’appuyer dessus pour agir ou non (achat par exemple), etc.

 

 

Lorsque l’on souhaite analyser la réputation en ligne d’une entreprise, il convient de se positionner (déjà) sur trois niveaux : l’analyse de l’opinion telle qu’elle est exprimée, l’analyse du jugement que l’on peut faire de cette opinion, et enfin l’image (bien que l’idée d’image suppose un certain immobilisme) qui peut être construite à partir de ces opinions.

 

Mais existe-t-il la même image pour tous ? Peut-on regrouper des opinions qui paraissent similaires sous la même enseigne ? La €réputation relève-elle d’une opinion commune ? Voyons donc, à partir du texte de Bourdieu, ce que cette analyse de l’opinion nécessite de prendre en compte.

 

 

Toutes les opinions ne se valent pas


 

« Je pense que l'on peut démontrer qu'il n'en est rien et que le fait de cumuler des opinions qui n'ont pas du tout la même force réelle conduit à produire des artefacts dépourvus de sens. »


Lorsque l’on analyse la réputation d’une entreprise sur le web, le constat est le même : cumuler des opinions qui n’ont pas la même valeur revient à produire une image de celle-ci qui n’a pas de sens.


Si, pour les audits d’e-réputation, il est habituel de niveler les opinions exprimées par la médiatisation ou « l’influence » de leurs auteurs (Klout est notre ami), cela ne permet pas tout à fait de mettre en avant la valeur que les personnes placent dans l’opinion qu’elles expriment.

 


Comme le souligne encore Bourdieu : « on additionne des gens qui mesurent en centimètres avec des gens qui mesurent en kilomètres, ou, mieux, des gens qui notent de 0 à 20 et des gens qui notent entre 9 et 11 ». Bref, revient ici la question des référents : ce n’est pas parce que je vais dire que j’aime tel ou tel aspect du produit que, pour autant, cela impliquera de la même manière ma décision de l’acquérir que mon voisin qui a exprimé la même opinion. Nous ne nous plaçons pas sur les mêmes échelles de valeur, car nous n’avons pas les mêmes références, nous n’attribuons pas à l’objet que nous évaluons aussi bien qu’à l’évaluation en elle-même la même importance.


La même analyse se pose lorsque nous nous mettons à la place (en tant que veilleur/analyste) de celui qui lira cette opinion : chacun y attribuera une valeur différente, ce qui jouera différemment sur l’image qui se formera par la suite de l’entreprise en question.

 

 

 

De l’importance de la finalité

 

« Mais ils tiennent surtout au fait [les biais dans la construction des questionnaires pour les sondages] que les problématiques que fabriquent les instituts de sondages d'opinion sont subordonnées à une demande d'un type particulier. »


Et c’est exactement la même chose pour l’analyse de l’e-réputation d’une entreprise.

Lorsque l’on souhaite connaitre la réputation en ligne de son entreprise, ou de l’un de ses produits/services, il est rare que cela soit juste « pour savoir » ou pour le plaisir. Il s’agit généralement d’intégrer cette analyse à une problématique plus large, de répondre à une demande stratégique déterminée.


La manière d’aborder l’analyse de l’e-réputation sera donc fortement dépendante de la façon dont les questions ont été posées, du problème sur lequel on souhaite agir. Et donc, in fine, de l’image que l’on retirera de cette analyse.


L’e-réputation ne sera pas la même en fonction des questions que l’on se pose préalablement, mais aussi des personnes qui l’analysent.

 

 

De plus : « Tel est l'effet fondamental de l'enquête d'opinion : constituer l'idée qu'il existe une opinion publique unanime, donc légitimer une politique et renforcer les rapports de force qui la fondent ou la rendent possible. »

 

L’analyse de l’e-réputation, et l’image que l’on retire et que l’on prête aux parties prenantes, serait-elle donc une manière de légitimé les actions (les politiques) de l’entreprise ? Pour ma part je pense que oui, tant il arrive parfois d’observer des résultats, ou plutôt des interprétations, différents sur les mêmes sujets en fonction des directions/services qui les commandent.


Avec cette idée que « notre public veut » ou « vu notre e-réputation, il est nécessaire de ». En résumé, comme toute information, la réputation peut devenir un enjeu de pouvoir venant légitimer certaines actions. Son interprétation différera donc en fonction des intérêts de chacun.

 

 

Que faire de ce que l’on ne perçoit pas ?


« La première opération, qui a pour point de départ le postulat selon lequel tout le monde doit avoir une opinion, consiste à ignorer les non-réponses. »


Même problématique pour l’e-réputation : que faire, ou comment intégrer, les internautes qui ne s’expriment ?


Plus précisément, il parait essentiel d’intégrer à l’analyse de l’e-réputation d’une entreprise le fait que certains internautes qui pourraient s’exprimer (utilisateurs d’une plate-forme où le débat sur l’entreprise est présent, membres d’une communauté, etc.) ou « devraient » (car ils sont clients par exemple) ne le font pas.


Ce qui amène alors à dire que le simple fait de ne pas s’exprimer est partie intégrante de l’e-réputation : les personnes n’ont pas d’avis, ou ne voient pas l’intérêt de l’exprimer dans tel ou tel contexte (la question devenant alors : pourquoi ne le font-ils pas ?). Encore une fois, l’opinion qu’ils auront sur l’entreprise sera différente de celle de ceux qui s’exprime, donc au final l’e-réputation de celle-ci aussi.


 

Autre aspect soulever par Bourdieu et que je regroupe ici : « Deuxième principe à partir duquel les gens peuvent produire une opinion, ce que j'appelle l'« ethos de classe » (pour ne pas dire « éthique de classe »), c'est-à-dire un système de valeurs implicites que les gens ont intériorisées depuis l'enfance et à partir duquel ils engendrent des réponses à des problèmes extrêmement différents. »


Ici aussi, ce concept d’ethos de classe impactera fortement la construction de la réputation que chacun se fera. Système de valeur qu’il est impossible (me semble-t-il ?) d’intégrer à l’analyse de la réputation (et à sa représentation sous la forme d’une image).


Si l’on part souvent du principe que l’opinion exprimée en ligne est dépendante de ce que l’internaute observe (ou ce sur quoi porte son jugement), il apparait qu’il n’en est parfois rien, et que les valeurs sur lesquelles il se base pour exprimer son opinion sont indécelables.

De plus, cela s’applique aussi à l’analyste en lui-même : le jugement qu’il portera sur l’opinion qu’il analyse (est-elle positive ? par exemple) sera fortement dépendant de son propre vécu.

 


Enfin : «   Une autre loi se dégage de ces analyses : on a d'autant plus d'opinions sur un problème que l'on est plus intéressé par ce problème, c'est-à-dire que l'on a plus intérêt à ce problème. »


Ce qui parait logique, mais qui permet de regrouper le point sur la valeur des opinions et celui-ci : les personnes les moins intéressées par une entreprise (celles qui n’ont par exemple pas utilisé le produit, ou celles qui ne souhaitent pas spécialement se le procurer) fourniront souvent des opinions à faible valeur ajoutée. Ou, si elles en produisent, ne devront pas demander la même évaluation pour construire l’e-réputation de l’entreprise, que les autres. Reste ce problème : comment identifier l’intérêt que chacun porte à un sujet ?

 

 

L’effet de groupe

 

« Dans les situations où se constitue l'opinion, en particulier les situations de crise, les gens sont devant des opinions constituées, des opinions soutenues par des groupes, en sorte que choisir entre des opinions, c'est très évidemment choisir entre des groupes. »


Ce qui s’applique ici totalement à l’e-réputation, qui plus est dans un web constitué en réseaux et en communautés thématiques : adhérer à telle ou telle opinion permet de montrer son appartenance à un collectif. Si bien que pour un même évènement, un même produit ou service, il parait impossible de parler de réputation globale ou unique, mais peut-être plus pertinent de s’axer sur des groupes définis. Cela permettra aussi au passage d’extrapoler (avec des pincettes) ce que les indécis penseront de l’entreprise : s’ils font partis d’un groupe déterminé, ils auront surement tendance à se rallier à leur avis (mais cela reste vraiment une hypothèse difficilement vérifiable).


 

Enfin : « L'enquête d'opinion traditionnelle ignore à la fois les groupes de pression et les dispositions virtuelles qui peuvent ne pas s'exprimer sous forme de discours explicite. »


Autrement dit, et encore une fois, les variances dans les opinions exprimées en ligne, tel que les analyses actuelles les font généralement apparaitre, ne prennent pas en compte l’impact des « autres » (même si la notion de communautés est fortement développées sur le web) dans la formulation d’un jugement ou d’une évaluation.


L’analyse de l’e-réputation apparait donc comme différente en fonction de la prise en compte ou non (dans la mesure du possible) de ces différents facteurs.

 

 

Au final…

 

Après cette petite analyse triviale du texte de Bourdieu, et partant du principe que la (e)réputation regroupe les opinions exprimées par des individus sur un objet, opinions dont l’analyse et l’intégration permettront de produire des images, images qui en s’accumulant deviendront donc une réputation, il parait nécessaire de souligner que la captation et l’analyse de ces opinions en ligne sont fortement dépendantes :


==> Du contexte : de l’individu au moment où il exprime et/ou capte ces opinions ;  du contexte médiatique dans lequel les opinions/images sont diffusées ; des groupes dans lesquels il évolue (d’autant plus « facile » à identifier en ligne)


==> De son échelle de mesure pour évaluer les faits/citations/actions de l’entreprise auquel il est confronté


==> De ses connaissances et valeurs, qu’elles soient biographiques ou acquises par l’expérience ou l’exposition à des informations


Il apparait donc qu’il n’y a pas une e-réputation unique et globale, mais bien plusieurs réputations, qui seront dépendantes à la fois des personnes prises individuellement et des groupes d’individus… Mais aussi de l’entreprise qui mène l’analyse (de ses objectifs, de ses questionnements), et des personnes qui construisent opérationnellement cette analyse.

 

Bien entendu, il ne s’agit ici que de quelques réflexions qui méritent d’être creusées (et pas que basées sur Bourdieu), et surtout de s’intégrer de manière pragmatique dans les actions de surveillance et de gestion de l’e-réputation (mais j’y reviendrai plus tard).


Il me semblait que la mise en avant de ce texte sur l’opinion publique méritait au passage d’être rappelé à la veille des élections (où le sondage est devenu plus fort que jamais)… Et aussi que vous auriez un peu plus de temps pour le lire étant donné que certain(e)s d’entre vous doivent être en vacances )


 

Et vous, pensez-vous que l’analyse de l’e-réputation ressemble aux sondages d’opinions ? Comment appréhendez-vous le fait qu’il n’y aurait pas une e-réputation globale ?

Par Camille A - Publié dans : Rayon Recherches & Reflexions - Communauté : NTIC : Nouvelles technologies
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